Archives pour la catégorie poésie

La laisse de mer

Je ne suis qu’un songe

Un long songe

Qui vous implore!

Laissez-moi

Prendre corps

 

On dirait que la mer respire

Qu’elle a,

Une bouche béante

Deux yeux hypnotiques

Sa poitrine avec la mienne

Se soulèvent, dans

Une danse, un fracas

On dirait que la mer

N’a laissé de moi

Sur cette plage

Que ma peau

La laisse de mer

 

Le vent

Saura bien démêler

Songe et réalité

 

Réalité?

Mensonge!

Car les songes

Qui palpitent

Sous ma chair

Ne sont-ils pas aussi consistants

Que mes mains?

 

On dirait que la mer respire

Empoigne-moi

Une dernière vague!

 

La laisse de mer aura bientôt

Diparu.

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Ces amants…

Ces amants ont

Le regard ravagé

La plainte, à l’ombre

Dans les replis du corps

La mer, derrière eux

Imprudente, inexpiable

Mais,

Follement Prometteuse

Où le sang veut dévaler

Chairs en ruines

Je m’accroche à tes mains

Tu t’accroches à mes lèvres

Je m’accroche à tes yeux

Tu t’accroches à mes reins

Nous ne sommes plus que

Des chairs en ruines

Les fidèles serviteurs de l’amour

Et l’on croît dans

La poésie des décombres

Grandeur

La beauté des vestiges

Et décadence

 

Le sommeil

Ce doit être quand on dort qu’on est le plus beau.

 

Je l’ai regardé sommeillant

Je l’ai connu enfin

Il ne m’a jamais autant parlé,

de lui.

Été

Aussi présent que dans cet abandon

N’obéissant qu’à cette force intérieure

Étrange, qui crée son propre ravissement

Dans le labeur du rêve.

 

Là,

Ta dépouille

Là,

Ton essence

J’attends,

Aussi songeuse que toi

Que tu reviennes

 

On ne se possède jamais assez.

 

De vents en vents

De vents en vents

Je foule

Les bâtisses qui enserrent

La faim et me dictent le goût

J’ai

Un appétit féroce de soleil

D’orages diluviens

Et d’herbes fraiches

De l’orange et son jus

Qui colle aux doigts

De vents en vents

J’épouse

La forme

Des fleurs sauvages

Qui s’abreuvent

De pluie et de lumière

Poussent ici – là

Solitaires

J’ai

En bandoulière

Pour unique compagne

Ma gourde de désir

Désir de m’écrire

De la plume de mes pieds

Qui usent

Et font hurler

Le temps, foulé

À sa racine

Tarira bien l’été

On s’est taillé un ciel grandeur de nos prunelles. Sous la glycine qui roucoule, un peu d’ombre. On boit le silence à petites gorgées et même le vent n’ose nous effleurer. Sur une poignée d’herbe sont allongés nos songes, nus. Chaque parcelle de terre se dilate: les nymphes à mon entrejambe, tes mains qui caressent le temps, mon sein qui modèle tes lèvres, le feu de ton œil au mien. Et la rivière au loin qui ondoie, n’est plus qu’un chant qui coule dans nos veines.

Là, sous un tendre ciel, tarira bien l’été.

Aujourd’hui, je t’aime.

 

J’ai rêvé mon corps

J’ai rêvé mon corps comme un voilier

Qui dompte le vent

Aussi impétueux, vaillant et libre

J’ai rêvé l’horizon à tous les coins de rues

Depuis, j’écris, je peins, dans les profondeurs du ciel

Un mât dessine sa route et le sel sur ma chair

Semble corroder le destin

Mais, tout aventurier sait

Qu’on avance qu’au bras de la mort, alors

J’ai rêvé mon corps comme un voilier

Qui dompte le vent

 

En cet après-midi de juin

En cet après-midi de juin

La cerise noire répand son jus

Sur les langues, les dents, les lèvres

Gourmandes, le vent désiré empoigne

Les corps et de ses mains indiscrètes

Sculpte les cuisses, les seins, les ventres

Des femmes trahies par de amples

Habits, seules la brise et la sueur dégoulinants

Sur la chair nous habillent, et pour peu que l’amour

S’en mêle, on se laisserait renverser par le soleil

Le cou tendu comme un désert interdit

Tu t’habilles de ses rêves

Tu t’habilles de ses rêves

Te coiffes de ses valeurs

Vis dans l’ombre de sa lumière

Si seulement tu pouvais être

Toi, rien que toi

C’est tout

Tes mains tendues au ciel

Ont la force d’y puiser comme

À la source la pureté

De l’être

Maladroit de vivre

Peut-être

Mais, artisan d’une mémoire

Qui ne peut qu’être tienne

Et sera l’engrais des

Jours heureux.

Je sculpte la brume

Je sculpte la brume

Comme je sculpte

L’ennui, les nuages

Le vent, je les martèle

Du bout des yeux

À coup de désirs

Assoupis, et l’amour

Insoumis que je croyais

Tenir et qui déborde

Des mains, du cœur, du temps

Je le sculpte aussi

 

Dehors,

Sur la grande horloge

En pierre fleurie

Nulles traces

Sinon l’ombre ou

Les contours d’un corps

Détaché du roc

Inquisiteur et pétrifiant

La brume, l’ennui, le vent

Les nuages et

L’amour

Parait-il, le sculptent

Les aiguilles tracent

Dans le vide, des histoires

Que personne n’entend

Et que chacun invente

 

En bas,

Un homme contemple

L’absence

C’est bien elle qui fait rêver

Il sculpte la brume

Comme il sculpte

L’ennui, les nuages

Le vent, il les martèle

Du bout des yeux

À coup de désirs

Assoupis

Ce qui nous foudroie

T’auras beau dire

Manque la fureur du geste

Entendre, ce qui nous foudroie

On oublie, on oublie trop

Qu’il y a une petite chose qui bat là-dedans

L’air de rien, qui se soulève, qu’il y a

Des torrents, des vallées, ça bouillonne

Ça se déverse, ça se bagarre

Ça chante, c’est venteux

Klaxon!

Vite!

Faut traverser!

On oublie, on oublie trop

Comment nourrir la bête

On traîne les dépouilles

De matins en matins

De désillusions en désillusions

D’embouteillages en embouteillages

De nuits en nuits

On oublie, on oublie trop

T’auras beau dire

Manque la fureur du geste

Entendre, ce qui nous foudroie

Refaire le geste, dénouer la mémoire

En voyant ces volets, les mêmes que chez elle: forme, couleur, rue sur laquelle ils se fermaient, j’ai voulu refaire le geste, déplier avec eux un pan de ma mémoire, croyant convoquer les sensations du passé. Mais, en tentant de le mettre en lumière, l’obscurité a pris place…

La mémoire est un oiseau rebelle
« Que nul ne peut apprivoiser
Et c’est bien en vain qu’on l’appelle
S’il lui convient de refuser
Rien n’y fait, menace ou prière » *

 

* Extrait de l’opéra Carmen, de Georges Bizet

L’arbre et l’oiseau

Et toutes ces pages cornées par mes doigts, ces phrases, ces mots, que je ne voulais pas oubliés, que deviendront-ils? Je les croyait devoir s’évanouir comme autant de regards portés sur les choses aimées. J’ai senti, à cette pensée, une racine sans terre remuer, croître. J’oubliais les ramifications de l’âme, l’étendue de son houppier au fil des ans, j’ai perçu sur les branches, les mots, les pays, les luttes, les gens baisés par mon cœur, ces oiseaux y avaient fait leur nid, constituant ma liberté d’être.

J’ai vu dans le sillage du ciel, l’arbre et l’oiseau n’être qu’un.

L’homme cerf-volant

Le regard porté par un fil

Au bout duquel dansaient

Ici et là,

Les couleurs d’une liberté

Avortée de l’aube

De rêves taillés dans

Les veines de l’enfance

À le voir, avancer le pas

Chaloupé, la bouche

Engloutissant le ciel

Habité, d’une

Étrange fougue

Bousculant les passants

Car le vent, le vent

Tournait vite

On se demandait, qui

De l’homme ou du cerf-volant

Tenait l’autre

Vivant