Archives pour la catégorie poésie

Tu t’habilles de ses rêves

Tu t’habilles de ses rêves

Te coiffes de ses valeurs

Vis dans l’ombre de sa lumière

Si seulement tu pouvais être

Toi, rien que toi

C’est tout

Tes mains tendues au ciel

Ont la force d’y puiser comme

À la source la pureté

De l’être

Maladroit de vivre

Peut-être

Mais, artisan d’une mémoire

Qui ne peut qu’être tienne

Et sera l’engrais des

Jours heureux.

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Je m’enlise

Je m’enlise doucement sous tes mains

Et tes baisers aux goûts d’opium nous chantent

Des pays d’où l’on revient, l’œil hagard

La chair dévastée d’amour

Et comme la douleur est un soleil

On y retourne…

Absence

Un signe, elle attendait

Un signe, une pluie

Un regard, une odeur

Le sursaut!

Elle en vint à prier

La larme

De lui offrir une caresse

Pour que la peau vive

Sente, que ses lèvres

Gouttent une présence

Mais comme le mot

La larme résiste

La peau est froide

Le signe, croyait-elle

Irriguerait

L’inspiration

La faim

Le désir

La colère

Le regret

Ses artères seraient

Semblables à de petits torrents

Où la vie s’emporte, se révolte

Il lui fallait

Que lui aurait-il fallut?

Un peu d’amour de soi

Un peu de haine aussi

 

Non de l’indifférence

« L’absence à soi

C’est le pire des sentiments »

Se dit-elle,

Attendant un signe

Un signe d’elle

Et comme rien n’arrivait

Elle se mit face au grand miroir

Scellé au mur

Regarda longuement

L’image reflétée

Y enfonça le crane

Tête baissée

L’homme cerf-volant

Le regard porté par un fil

Au bout duquel dansaient

Ici et là,

Les couleurs d’une liberté

Avortée de l’aube

De rêves taillés dans

Les veines de l’enfance

À le voir, avancer le pas

Chaloupé, la bouche

Engloutissant le ciel

Habité, d’une

Étrange fougue

Bousculant les passants

Car le vent, le vent

Tournait vite

On se demandait, qui

De l’homme ou du cerf-volant

Tenait l’autre

Vivant

 

Ce qui nous foudroie

T’auras beau dire

Manque la fureur du geste

Entendre, ce qui nous foudroie

On oublie, on oublie trop

Qu’il y a une petite chose qui bat là-dedans

L’air de rien, qui se soulève, qu’il y a

Des torrents, des vallées, ça bouillonne

Ça se déverse, ça se bagarre

Ça chante, c’est venteux

Klaxon!

Vite!

Faut traverser!

On oublie, on oublie trop

Comment nourrir la bête

On traîne les dépouilles

De matins en matins

De désillusions en désillusions

D’embouteillages en embouteillages

De draps en draps

On oublie, on oublie trop

T’auras beau dire

Manque la fureur du geste

Entendre, ce qui nous foudroie

 

 

Place Saint-Sulpice

Cigare, café

Baumes m’enrobent

D’une terre brûlante

Bavarde comme ses rides

Ça fait des creux, ça trace des routes

Des routes au coin des yeux, sur ses mains

Et son front

 

« Vieux monsieur

Comme vous êtes beau!

Revenez

Place Saint-Sulpice

Dites-moi

Votre nom

Je n’ai que votre mystère

Et mon supplice

Pour consolation »

 

Cigare, café

Baumes m’enrobent

D’une terre brûlante

Muette comme ses rides

 

Je reviendrai, place Saint-Sulpice

M’asseoir près de votre ombre

Bercée par le poème

D’un jeune homme

Oh! Vous savez

Au diable la raison

 

Sixième sens

L’amour se goutte, s’hume, se caresse, s’admire, s’écoute.

L’amour a une peau, que le cœur cherche tâtonnant, solitaire, dans une forêt auprès d’un saule, un lac ou un cygne. Dans une foule, un café ou un livre.

L’amour pousse l’Homme vers la folie, la sagesse ou le tombeau.

Ici, au loin

Les yeux ne sont pas fidèles à la chair, à la mémoire qu’elle renferme. Mieux que le regard, l’odorat se souvient et presse contre nous les sensations de temps lointains aux contours flous et indicibles. L’enfant apprend à parler et son corps, lui aussi, silencieusement, apprend à dire, à nous tendre le passé. Un beau regret nous sourit, ici, au loin, car Demain veille sur lui. Nous n’y sommes pour rien.

Sur la route romantique avec Hugo Von Hofmannsthal…

 

 

 

« Debout sur le pont, appuyé sur la pierre lisse et séculaire, je vis deux embarcations s’approcher l’une de l’autre et je pensai soudain à des lèvres retrouvant facilement, comme dans un rêve, le chemin trop longtemps dépris des lèvres de l’être aimé. Je sentais toute la douloureuse douceur de cette pensée mais restais à fleur de conscience, sans pouvoir plonger plus avant dans mon esprit pour savoir à qui j’avais songé au plus profond de moi; c’est alors qu’une pensée me frappa comme un regard qui vous fixe derrière un masque et j’eus l’impression que c’était le regard de Katharina dont je n’avais encore jamais baisé la bouche. Maintenant tout était embrasé; derrière les îles, les nuages semblaient se dissoudre en une vapeur d’or dans un rougeoiement éthéré couronnant cette boule d’or: je me rendis compte que ce n’était pas seulement le soleil de cette heure mais celui d’années disparues, de siècles entiers. J’eus l’impression que jamais je ne pourrais perdre cette lumière, je me détournai et partis. Des jeunes filles me frôlaient, l’une d’elles en bouscula une autre et arracha son châle noir; je vis sa nuque entre le noir des cheveux et celui de l’étoffe qu’elle se hâta de rajuster: mais la clarté de cette nuque fragile fut un jaillissement de lumière, partout découvert et partout recouvert. Les adolescentes en châles avaient déjà disparu, comme des chauves-souris dans la fente d’un mur; un vieil homme passa, et au plus profond de ses yeux, des yeux de vieil oiseau triste, brillait une étincelle de lumière. »

Hugo Von Hofmannsthal, Chemins et rencontres

L’amour ça court les rues!

L’amour ça court les rues!

Ça se pose au coin d’un banc sale dont les pigeons raffolent

Ça danse sur un comptoir où les bières se renversent

Ça dort sous des ponts sordides où sa voix résonne, seule

Au creux des mains qui répugnent, au creux des yeux fatigués

L’amour ça court les rues comme un animal blessé