Archives pour la catégorie poésie

L’amour ça court les rues!

L’amour ça court les rues!

Ça se pose au coin d’un banc sale dont les pigeons raffolent

Ça danse sur un comptoir où les bières se renversent

Ça dort sous des ponts sordides où sa voix résonne, seule

Au creux des mains qui répugnent, au creux des yeux fatigués

L’amour ça court les rues comme un animal blessé

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Je suis devenue folle un soir de septembre

Je suis devenue folle un soir de septembre

Tout est à sa place et rien ne bouge

Un nuage en passant m’a fait signe

J’y ai mis tout ce qui tournoie sous le crane

Croyez-vous qu’on veuille redescendre dans ces marécages

Où même le vent contre l’inertie, se cogne?

Je suis devenue folle un soir de septembre

Tout est à sa place et rien ne bouge

Un nuage en passant m’a fait signe

 

Vent debout!

Le vent est toujours une petite révolte sur l’apparent répit des heures qui s’égrènent en silence.

Je m’abreuve de sa brutalité, qui mène au cœur battant de l’Homme, à la source de la Terre, qui jamais ne tarira pour peu qu’on la sente couler dans nos veines.

L’amour odeur de blé

Je me gorge de tes lèvres – de ton cou – de tes seins

Nos pouls se cherchent – se frottent – s’aiguisent

Nous

Renversent

Sur l’or brûlant d’un champ de blé

Le soleil – Attise – Attise

Le ruissellement sur nos chairs dissimulées

S’écoule sur la terre – odeur – d’hard’heure – odeur de blé

L’écume de nos bouches rugissantes

Seul – un vent léger

Et les rayons déclinants

Apaisent nos poitrines haletantes

Fait taire le crépitement des épis enflammés

Et frémir nos mains à leurs racines

Tant que le ciel – notre témoin et complice

Répandra sa semence

Je me gorgerai d’été – d’automne – d’hiver – de printemps

De ses cerises sucrées d’un rouge profond comme tes lèvres

De tes rires – de tes yeux – de tes plaintes

De tout ce que la vie nous offre comme Ivresse

 

Brise

Le souffle du souvenir s’est posé sur ma langue

Je suis le goût de ses yeux, l’odeur de son cou

Rien qu’une substance sensorielle qui se souvient

Mais, si la brise esquisse sur les lèvres un sourire

L’œil égaré a plongé dans les abysses,

Pour rattraper sa main.

Comme on suffoque

Comme on suffoque

Avec ces poèmes qui vous prennent à la gorge

Ces dessins qui se disent orphelins

Cloîtrés là sous vos yeux

Ils parlent d’enfants indésirables

M’ordonnent, m’invectivent

« Fais-nous une place dans ce monde! »

 

Si la bouche reste impuissante

La poitrine reprend la plume

Pour un cœur qui expire

Rester pour eux dit-il…

L’ascension

L’ascension de la lune

Commence à l’aube

Chaque jour il s’agit de gravir ses rêves

De jouir et croître au point culminant grâce à l’insulaire que l’on devient

Pour enfin se laisser glisser sur la pente douce de la nuit qui mène à la fallacieuse lumière.

On ne voit jamais plus clair que dans son lit. Coincé entres deux bras, deux jambes, deux yeux et une tête.

 

Lettres vives

Á ma grand-mère…

 

Ton visage souriant

Au dos

Dans un italique soigné

Des mots

Figés pour moi

Comme pour une éternité

 

Longtemps, je regarde

Chaque lettre

Qui m’est adressé

Marche dans ses pas

Refais route avec elle

Avec toi

Elles respirent

Leur souffle m’empoigne

 

Je te retrouve

 

Sur leur courbe

C’est ta voix

Ton poignet renaît

Sinuant

Sur l’encre

J’appose tout mon amour

Du bout des yeux

D’où palpite l’impuissance

 

À tant la contempler

J’en boirais tout son or

Noir, sa mer, mouvante

Où l’on a embarqué

 

La mémoire

 

Il faut

Scinder l’horloge

Une nouvelle fois

Ranger la photo

Dans le tiroir

 

Sur notre rive

On se fait signe

Car les lettres vivent

Au gré du Temps

Insufflent

 

Un nouveau printemps

 

Fidélité

Parmi ces instants de bonheur que j’aime nommer étoiles filantes, je me souviens des marches silencieuses passées en la compagnie de Simone de Beauvoir et de Marcel Proust. Quand la dernière page, le dernier mot ont été bu par d’avides pupilles, ce fut comme un ami qui disparaît, que l’on regrette. Des années plus tard ces pas résonnent encore, ils ont pris part à la cartographie du corps.