Archives pour la catégorie vidéo

La Vieillesse

La vieillesse est le premier livre de Simone de Beauvoir que j’ai lu. Il est dense, richement documenté, il nous instruit sur les manières d’appréhender la vieillesse et la mort dans différentes civilisations et époques. Des champs d’études tels que la sociologie, l’anthropologie ou la biologie étayent le sujet. La philosophe apporte son point de vue et son expérience personnelle, tout en étoffant le livre d’anecdotes, citant des artistes ou des hommes politiques, des passages de la vie d’Hugo, Tolstoï ou encore Freud sont ainsi mis en lumière. J’ai entendu la voix de Simone de Beauvoir et n’ai pu m’empêcher de dévorer avec avidité l’ensemble de ses écrits. Ses mémoires et Le sang des autres résonnent en moi, avec toujours autant d’intensité. Elle est l’écrivaine que j’admire le plus.

Vieillir reste un sujet tabou, peu de philosophes se sont penchés sur la question et je déplore que dans nos sociétés les personnes âgées restent isolés, vivent solitairement le crépuscule attendu et ne soient considérés que comme des poids, en transit vers la mort. En niant cette ultime étape de la vie, c’est pourtant la vie elle même qui est niée. La venue d’un enfant est sacrée, le départ d’un vieillard devrait tout autant l’être. Les relations intergénérationnelles sont si enrichissantes, si nécessaires. La vie est une boucle, une ronde, qui se transmet de voix en voix. Observer l’enfant et le vieillard réunis nous donne toutes les leçons possibles sur la vie. Quant aux conditions dans lesquelles nous quittons le monde, elles sont si révélatrices de ses failles. Moi Daniel Blake de Ken Loach me vient en tête, une phrase qui fait écho aux sombres actualités et aux récentes décisions gouvernementales:

« Mon nom est Daniel Blake, je suis un homme, pas un chien. En tant qu’homme, j’exige mes droits. J’exige que vous me traitiez avec respect. Je suis un citoyen, rien de plus, rien de moins. »

 

La parole est à Simone:

(article écrit en 2018)

Les planqués

Combien, sans armes, sans poings

Ont tué

Tuent

 

Égrenant de l’aube au crépuscule

Des regards bouffis de haine

Des langues vénéneuses

À voix basses

Érigent des procès

Sur nos pavés

 

Des mots, l’air de rien

Qui font bonne route

Devenant armée

Et guillotinent pas à pas

 

L’une voilée

L’autre basané

Celui qui chôme

Qui manifeste

Traverse la méditerranée

Et toi qui foule

Leur bonne conscience

 

Bourreaux des rues

Planqués, grands sourires

Ruminant l’intolérance

Dans le confort

De leurs mensonges

Se bouchent les yeux

Pour ne pas savoir

Et se font juges

De ceux qui se battent

De ceux qui tuent

Avec des armes

Avec le poing

Avec courage!

 

Mais faut pas croire

Tout le monde

Ne prend pas autant de

Plaisir à tuer que vous

Madame, Monsieur

Aux allures conformes

 

Liberté, Égalité, Fraternité?

 

Du sang sur un bulletin de vote

Du sang sur l’indifférence

Du sang sur l’obéissance

 

Sans bruit

Sans trace

Du sang coule

De leurs bouches

Comme il a taché

 

Celles des collaborants

 

 

Un jour en France

 

 

Là où les putains n’existent pas

Non, la Suède n’est pas pays exemplaire.

Chaque pays possède une forme d’autoritarisme qui lui est propre. La morale en est une et lorsqu’elle est toute puissante, elle conduit chaque citoyen à être le juge d’un autre.

En regardant le glaçant documentaire Là où les putains n’existent pas d’Ovidie (56 mn, 2017), comment ne pas repenser au combat de Grisélidis Réal et mettre en parallèle la Suisse, l’Allemagne ou la Suède, 1950 et 2017…

 

 

 

Les Indes Galantes un film de Clément Cogitore (5’46)

Au-delà des siècles les Hommes se tendent la main et se rejoignent dans une vertigineuse puissance pour le meilleur et le sublime. Je regarde cette création et le soleil danse au dehors, avec les feuilles gorgées de lumière quelque chose comme le bonheur s’agite sous les doigts du vent…

« Clément Cogitore adapte une courte partie de ballet des « Indes galantes » de Jean-Philippe Rameau, avec le concours d’un groupe de danseurs de Krump, et de trois chorégraphes : Bintou Dembele, Grichka et Brahim Rachiki. Le Krump est une danse née dans les ghettos de Los Angeles dans les années 90. Sa naissance résulte des émeutes et de la répression policière brutale qui ont suivi le passage à tabac de Rodney King. »

Charles Bukowski – Poèmes

 

L’oiseau bleu

Il y a dans mon coeur un oiseau bleu qui
veut sortir
mais je suis trop coriace pour lui,
je lui dis, reste là, je ne veux pas
qu’on te voie.

il y a dans mon coeur un oiseau bleu qui
veut sortir
mais je verse du whisky dessus et tire
une bouffée de cigarette
et les putains et les barmen
et les employés d’épicerie
ne savent pas
qu’il est
là.

il y a dans mon coeur un oiseau bleu qui
veut sortir
mais je suis trop coriace pour lui,
je lui dis,
tiens-toi tranquille, tu veux me fourrer dans le
pétrin ?
tu veux foutre en l’air mon
boulot ?
tu veux faire chuter les ventes de mes livres en
Europe ?

il y a dans mon coeur un oiseau bleu qui
veut sortir
mais je suis trop malin, je ne le laisse sortir
que de temps en temps la nuit
quand tout le monde dort.
je lui dis, je sais que tu es là,
alors ne sois pas triste.

puis je le remets,
mais il chante un peu
là-dedans, je ne le laisse pas tout à fait
mourir
et on dort ensemble comme
ça
liés par notre
pacte secret
et c’est assez beau
pour faire pleurer, mais
je ne pleure pas,
et vous ?

 

Charles Bukowski

Ghérasim Luca – Passionnément

« Pas pas paspaspas pas
pasppas ppas pas paspas
le pas pas le faux pas le pas
paspaspas le pas le mau
le mauve le mauvais pas
paspas pas le pas le papa
le mauvais papa le mauve le pas
paspas passe paspaspasse
passe passe il passe il pas pas
il passe le pas du pas du pape
du pape sur le pape du pas du passe
passepasse passi le sur le
le pas le passi passi passi pissez sur
le pape sur papa sur le sur la sur
la pipe du papa du pape pissez en masse … »

Projection « Du bout des doigts »

Mon documentaire « Du bout des doigts » (17’27), sera projeté le samedi 16 mars à 17h30 au Cinéma le Studio 66 de Champigny s/m (94500), dans le cadre de la Fête des courts! (entrée libre mais réservation conseillée)

Doris perd la vue à l’âge de 30 ans, il participe alors à un atelier de sculpture. D’abord sans grande ambition, cette pratique devient une passion. La perte d’un sens lui permet d’en développer un autre : le toucher. Il lui offre un nouveau regard sur le monde et sur lui-même. Ce documentaire est une immersion dans l’atelier de l’artiste où se dévoile, du bout des doigts, l’acte de création à travers la genèse d’une sculpture.

Le manège de Petit Pierre

Pierre Avezard appelé aussi « Petit Pierre » était malvoyant, pratiquement sourd et muet, il travaillait dans des fermes et débuta cette création, à 28 ans, dans l’une d’elles. Le manège est à découvrir à la Fabuloserie.

Pour en savoir davantage sur Petit Pierre et son manège:

https://www.rivaisjeanine.com/art-brut-et-populaire/petit-pierre-et-son-man%C3%A8ge/

 

L’amour au creux des mains…

Mon film « Du bout des doigts »

Doris perd la vue à l’âge de 30 ans, il participe alors à un atelier de sculpture. D’abord sans grande ambition, cette pratique devient une passion. La perte d’un sens lui permet d’en développer un autre : le toucher. Il lui offre un nouveau regard sur le monde et sur lui-même. Ce documentaire est une immersion dans l’atelier de l’artiste où se dévoile, du bout des doigts, l’acte de création à travers la genèse d’une sculpture.

Michel Foucault, Le corps utopique

« Mon corps, topie impitoyable. Et si, par bonheur, je vivais avec lui dans une sorte de familiarité usée, comme avec une ombre, comme avec ces choses de tous les jours que finalement je ne vois plus et que la vie a passées à la grisaille; comme avec ces cheminées, ces toits qui moutonnent chaque soir devant ma fenêtre? Mais tous les matins, même présence, même blessure; sous mes yeux de dessinent l’inévitable image qu’impose le miroir […] ».

Voie lactée

Sur la Marne docile

Le soleil s’amusait à faire ricocher des étoiles

J’ai flâné au bord de cette voie lactée

Où, soudain, un ange!

Sa majesté le cygne, a glissé tout scintillant

 

Cette image, c’est comme une musique

 

J’ai continué,

Tenant les notes dans mes poings

J’ai attendu qu’il revienne

Mais,

Peu à peu les étoiles s’évanouirent

Les arbres décharnés ont semblé rendre l’âme

 

J’ai eu froid

 

Me penchant sur l’eau brune

J’ai cherché ta lumière

À voix basse, j’ai dit ton nom

Alors,

Le chant du cygne retentit

Mes mains se sont ouvertes

 

J’ai glissé

 

Dans un clair de lune

Nous

s’est noyé

 

Une mélodie a ricoché

 

J’ai eu la chance d’entendre Christophe l’an dernier à la salle Pleyel et d’être transportée vers le cosmos. Une voix suave, fragile, sur laquelle on s’installe comme sur un nuage, des textes poétiques, une musique eclectique…Ce fut l’un de mes plus beaux voyages.

Quand les premières notes de La dolce Vita se sont glissées sous ma chair, le coup de coeur était annoncé…