Il est…

Il est,

L’ appui invisible

Qui me soutient

Vers lui

Mon regard chemine

Oh!

Je ne peux le toucher

Il est,

L’ombre de moi-même

Celui qui

Me tient en lumière

 

Si l’Homme s’effondre, c’est que le rêve est mort.

 

 

Nos rêves sommeillent

L’Aube, ravisseuse des êtres s’est montrée. Au creux des draps nos rêves sommeillent. L’effluve du café embaume les murs. Sur nos oreiller, la trace d’improbables voyages aux contrées closes. L’on voudrait que rien ne bouge et dans un palpable mutisme

Rien ne bouge

Chaque corps sur son îlot nocturne s’est tu encore. Ton souffle sur ma chair, sur mes cheveux des caresses subsistent pourtant.

Cette nuit, où étions-nous?

Dans la pesanteur du silence j’interroge: quand eurent lieu le combat et la fatale résignation? Les plis sur le lit ne me disent rien. Je leur en veux mais n’y touche pas, car nous y sommes malgré tout

Unis.

Nuit blanche

Nuit blanche

M’offre l’agitation des branches

Quelques feuilles bougent

Sur ces heures orphelines

Les âmes égarées déambulent

Sans but

Mais faut savoir les regards

Ancrés dans un présent

Sans lendemain

Vous saluer

Se donner

Sans interêt

Jamais la vie ne me parait plus manifeste

Que dans ces moments

Où l’abandon de soi

Rassure

Et humanise

Secousses

Un café

L’odeur de l’automne se glisse par la fenêtre entrouverte

 

Et le corps trésaille

Qui m’habite?

Les secousses de la mémoire

D’où me reviennent seules, les sensations

Muettes

Et moi, confuse

Qui donc vient me visiter?

Montre-toi!

Portée par mille mains

Je devine l’ombre de moi-même

Me faire signe

Et s’évanouir en silence

Sans traces

 

Me revoilà, désert.

 

 

Ivresses musicales

« (…) Je me demandais si la musique n’était pas l’exemple unique de ce qu’aurait pu être- s’il n’y avait pas eu l’invention du langage, la formation des mots, l’analyse des idées- la communication des âmes. »

Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, La Prisonnière

 

Pour moi, mélomane, le rapport à la musique est frontal, elle agit infiniment sur les émotions.

Gare à la puissante houle

Au corps qui m’échappe

À la conscience évanouie

Et ça pulse

Et ça danse!

Je suis ivre

Ivre

Ivre

Le bateau vogue vers l’horizon

La liberté a un goût de sel sur la peau

Peau qui vibre près d’un juke-box

La parole est charnelle

Quand je danse…

 

Entends

 

C’est horrifiant et magnifique

Le corps gronde, jouit, implore

Sourdement

Laisse le vent fouetter ta peau

Goutte au sel, vogue

Vogue

Danse!

 

Instinctivement

 

« Les bêtes, les plantes, la pierre!

« C’est fort, un arbre; ça a mis des cent ans à repousser le poids du ciel avec une branche toute tortue.

« C’est fort, une bête. Surtout les petites.

« Ça dort tout seul dans un creux d’herbe, tout seul dans le monde.

« Tout seul dans le creux d’herbe, et le monde est tout rond autour.

« C’est fort de cœur; ça ne crie pas quand tu les tues, ça te fixe dans les yeux, ça te traverse par les yeux avec l’aiguille des yeux.

« T’as pas assez regardé les bêtes qui mourraient.

« C’est fort une pierre, une de ces grandes pierres qui partagent le vent; droites depuis qui sait? Mille ans?

« Une de ces pierres qui sont dans le monde depuis toujours devant toi, Jaume, la pomme et l’olivette, et moi, les bois et les bêtes, et les pères de tout ça, de toi, de moi, et de la pomme, devant que le père de tout ça, Jaume, soit seulement dans les brailles de son père.

« Une de ces pierres qui ont vu le premier jour, et qui sont depuis qui sait combien, toujours les mêmes, sans changer. C’est ça qu’il faut savoir, pour connaitre le remède. »

 

Colline, Jean Giono

Aux armes artistiques citoyens!

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Mon atelier de création se trouve dans un labyrinthe sous chair. Je marche, cours, tape contre ses murs, avec violence souvent sans jamais ne pouvoir en sortir. La chair a peur, tremble, pleure! Le pouls est haletant. Non, il n’y a pas de sortie, mais des créations qui sont des échappatoires. La recherche d’une porte est féconde. Si les routes se ressemblent, chaque pas est nouveau et fera lien entre le visible et l’invisible. L’âme lutte et s’incarne dans une plume, un pinceau et dans cette guerre de soi à soi, donne du beau.

Le combat n’est pas vain.

Aux armes artistiques citoyens!

Petite mort

Dénude mon corps de ses pétales charnelles. Une à une, fais-les tomber sensuelles et légères. Dans un langoureux vertige: l’amour pénètre.

À vifs cœurs lunaires: Battez!

Battez-vous!

Une farandole de cris s’embrasent et agonisent, de voluptueuses fumées s’envolent mon bien-aimé. Dans cet amour ardant, sur nos corps en feu, dansent des ombres haletantes. Flamboyante passion devient guerrière en cendre. Petite mort, coït accompli, désir de flammes que le souffle de l’amour ravive et éteint tour à tour. Mais au délice suprême consumé, survit dans le rouge des braises et leur nuage gris.

Le doux parfum de nos âmes enlacées

Frôler

 

Je sens…

La garrigue et les figues

C’est un village

C’est une place

Un vent chaud

Las

Les hommes viendront après la sieste jouer aux boules

Une église sur le côté

La mer, l’horizon, l’espoir au loin

 

Je  le frôle,

Il fait si bon de passer

Passer

Comme lui,

Sans bruit

Murmurer

Chut…

 

Bonheur fragile

 

« A peine exprimons-nous quelque chose qu’étrangement nous le dévaluons. Nous pensons avoir plongé au plus profond des abîmes, et quand nous revenons à la surface, la goutte d’eau ramenée à la pointe pâle de nos doigts ne ressemble plus à la mer dont elle provient. Nous nous figurons avoir découvert une mine de trésors inestimables, et la lumière du jour ne nous montre plus que des pierres fausses et des tessons de verre; et le trésor, inaltéré, n’en continue pas moins à briller dans l’obscur. »

Maurice Maeterlinck

Cœur d’automne

J’ai le cœur qui frôle l’automne

Il vagabonde

Des mots en tombent

Couleurs d’or et de feu

Mais la racine morose

Ils se rompent sous mes pas

Errants et maladroits

Les feuilles, les lettres

Sèchent

Quand d’autres tombent

En écrivant

On croit que l’on se déshabille

Leurre

L’on revêt heure après heure

Jour après jour

De nouveaux mots

Pour ne pas se sentir vide

Je l’attends, il reviendra

L’amour n’a pas peur du froid

Chut..

Regarde !

Les arbres se dénudent

Offrent à notre portée

Leurs plus belles parures

Du rouge, de l’orange, du marron

L’heure est à la mutation

N’est-ce pas une belle saison

Pour qui se prépare comme la nature

À affronter l’hiver

Elle nous apprend

L’attente et la patiente

À peu à peu faire silence

La douce tristesse

Qui sait se gorger de soleil

Mes mots songes, mes mots rêves

J’ai le cœur qui fête l’automne

Mes mots dansent au milieu des feuilles

Crois-tu vraiment qu’ils meurent ?

Marine Giangregorio