Sur mon oreiller

Sur mon oreiller

À la nuit tombée

S’échouent des flots

D’ineffables peines

D’invisibles peurs

Informe douleur

Larmes sans voix

Qui toujours

Se taisent, coulent et meurent

« C’était bien une Vénus, et d’une merveilleuse beauté. Elle avait le haut du corps nu, comme les anciens représentaient d’ordinaire les grandes divinités. Rien de plus suave, de plus voluptueux que ses contours; rien de plus élégant et de plus noble que sa draperie. Quant à la figure, jamais je ne parviendrai à exprimer son caractère étrange, et dont le type ne se rapprochait de celui d’aucune statue antique dont il me souvienne. […] En vérité, plus on regardait cette admirable statue, et plus on éprouvait le sentiment pénible qu’une si merveilleuse beauté pût s’allier à l’absence de toute sensibilité.
– Si le modèle a jamais existé, dis-je à M.de Peyrehorade, que je plains ses amants! Elle a du se complaire à les faire mourir de désespoir. Il y a dans son expression quelque chose de féroce, et pourtant je n’ai jamais vu rien de si beau. »

Prosper Mérimée, La Vénus d’Ille

« Je ne voudrais pas que chaque homme ni que chaque partie de l’homme soient cultivés, pas plus que je ne voudrais que le soit chaque arpent de terre; une partie sera labour, mais la plus grande part restera prairie et forêt, ne servant pas à un usage immédiat, mais préparant un humus pour un futur lointain, grâce à la décomposition annuelle de la végétation qu’elle porte. »

Henry David Thoreau, De la marche

Fleurs séchées

Dans un panier en osier

J’ai disposé quelques fleurs séchées

Les années fanent

Sèchent les pétales,

Rose (a) cueillie d’amour

D’un mardi où le cœur chantait

Les souvenirs deviennent fragiles

C’est avec délicatesse qu’il faut les prendre

Et même les regarder

 

Dans le fléchissement quotidien

Qui les guidaient vers l’incarnation du passé

Lorsque jour après jour elles se recroquevillaient

S’immobilisaient dans cet aller sans retour

Nos désirs, nos doutes, nos espoirs

Les mouvements du cœur

Dont si souvent elles avaient été les témoins

 

Et maintenant elles semblent rires !

Elles se moquent de moi

Car chaque fois que je les observent

Que soigneusement entres mes mains

Je les prends et les sent battre

J’ai peur, peur qu’elles se brisent

C’est aujourd’hui un temps impénétrable

Qui les imprègnent

Où la crainte de nous perdre n’existait pas

Alors, j’en prend soin

 

Dans un panier en osier

J’ai disposé quelques fleurs séchées

Les années fanent

Sèchent les pétales,

Rose (a) cueillie d’amour

D’un mardi ou le cœur chantait

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Mère nature

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La nature comme une mère est toujours prête à nous accueillir en son sein. Elle sait nous réconforter, panser nos plaies. Le murmure des jeunes feuillages caresse, l’eau qui scintille sous le soleil chuchote des mots doux, le corps de l’arbre qui s’épanche nous enlace et nous apaise, l’envol de l’hirondelle nous entraîne au creux d’un ciel qui attend qu’on y trace sa voie. Dans ses bras nous sentons le pouls du monde et puisons la force nécessaire pour avancer, plus vivants que jamais.

Je vogue poussée par les les notes, dans un voyage immobile mais chaotique, je vogue sur les flots de mon âme. L’orchestre y joint son souffle, je frissonne, mon cœur s’emporte, chaque battement pèse le poids de la joie, la révélation du sublime, la grâce. Face à cet horizon, je gonfle mes poumons, les emplis de l’oxygène que l’ouï me procure et qui m’emmène loin, très loin tout comme l’air marin, enivrant, vivifiant.

« Il y a quelque chose de très doux dans toute rencontre solitaire, même s’il ne s’agit que de la rencontre avec un grand arbre isolé ou un animal de la forêt, qui sans bruit s’arrête et nous fixe dans l’obscurité. Je crois que la vraie pantomime érotique, dans ce qu’elle a de décisif, ce n’est pas l’étreinte mais la rencontre. À aucun autre moment le sensuel n’est aussi chargé d’âme et la part d’âme aussi sensuelle que dans la rencontre. Tout est alors possible, tout est en mouvement, tout est dissous. Il y a là une attirance réciproque, vierge encore de convoitise, mélange naïf de confiance et de crainte. Il y a là quelque chose de la biche, de l’oiseau, sombre animalité, pureté angélique, présence du divin. »

Hugo Von Hofmannsthal, Chemins et rencontres

« Pourquoi la nature muette qui te fais signe et qui n’est que vie vécue, vie voulant à nouveau être vécue, ne devrait-elle pas, lassée des froids regards avec lesquels tu la contemples, t’attirer en elle à quelques rares moments et te montrer qu’elle aussi, dans ses profondeurs, a des grottes sacrées où tu peux ne faire qu’un avec toi qui, dehors, te sens si étrangers à toi-même? »

Hugo von Hofmannsthal, Lettres du retour

Elles étaient noires

Coulaient et s’éclataient en mille mots

Chaque éclosion offrait du réconfort

Elles étaient chaudes et rassurantes comme la pluie

La feuille s’en abreuvait avec avidité

Et donnait à voir les plus grandes peines transfigurés en plantes verdoyantes, en d’embaumants poèmes.

Car les larmes sont porteuses d’espoir, c’est pourquoi on les aime tant

À l’art le pouvoir de faire de l’obscur une lumière!

 

Kreuzberg

De passage à Berlin pour quelques jours, j’ai fais la découverte de Kreuzberg quartier populaire au cœur palpitant, situé au centre de la capitale. Je n’avais pas encore traversé la route pour aller vers lui que déjà les rues colorées me tendaient les bras, je pressentais la convivialité, la chaleur humaine et le charme du quartier auquel j’allais succomber. En avant! D’innombrables tags se logent sur les murs, des personnes de toutes cultures se coudoient, les langues aux sonorités turques, allemandes, maliennes se mêlent, les parfums de cuisines se propagent de boutique en boutique, les musiques forment un chœur: un véritable kaléidoscope s’offre à moi, me faisant davantage voyager. Happée par l’atmosphère trépidante, je m’enivre de ces richesses humaines, si modestes. J’ai le sentiment qu’un air de liberté d’être se promène. Liberté d’être de là, d’ailleurs, les cheveux rouges, verts, d’écouter de l’electro, du jazz (ou tout ça à la fois), mais aussi d’être pauvre, démuni, car en avançant un peu plus l’on croise ceux qui se mettent à l’abri des regards et dont le ciel est le toit (je parle de liberté d’être pauvre en pensant, entre autre, à la capitale hongroise dans laquelle les personnes sans-abri ont l’interdiction de pénétrer dans certaines zones de la ville sous peine de condamnation). En poursuivant la visite je suis invitée à participer à une petite fête de quartier (…dans le quartier), pour l’occasion des tables ont été installées et autour en famille, on discute, on boit, on écoute les musiciens jouer…il fait bon de vivre!

Des femmes, au loin à Lhassa

Ma première impression au contact de la population tibétaine, non des moins agréables, fut l’élégance, l’élégance des femmes. Elles portent toujours de longues jupes ou robes avec par dessus, un tablier coloré signe de leur mariage, un chapeau et de belles boucles d’oreilles pendantes, que leurs cheveux noués laissent davantage apparaître. Ensuite, le peuple tibétain m’a paru être un peuple fier et très croyant. Dans les rues, chacun à un mala (chapelet bouddhiste) à portée de mains.
J’ai visité quelques temples à Lhassa la capitale de la région et dans ses environs. Puis j’ai pris la route du Chomolungma (Mont-Everest), je suis restée une nuit à dormir sous une tente au pied de cette montagne. L’altitude est de 5500m, la route est dangereuse et mon corps à cruellement manqué d’oxygène. Le ciel étoilé reste mémorable cependant, il n’est pas nécessaire d’aller si haut pour voir de si beaux paysages. Il y a parait-il, d’autres régions du Tibet qui méritent d’être vu et dont l’accès est moins éprouvant.
J’ai croisé sur ma route de drôles de badauds, nombreux et beaux! Et pour cause, les moines tibétains partagent le couvert avec eux. Permettez-moi de vous en présenter un:

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Donglianhua

A l’entrée du village une dame dans sa boutique eu la gentillesse de garder mon sac le temps d’une ballade. J’allai, une ruelle me mena dans la suivante…Me voilà arrivée près de la mosquée, des enfants jouent au ballon, quelques sourires furent échangés. Encore quelques vagabondages au sein d’un après-midi d’été ensoleillé calme et paisible, où je fis la rencontre d’un vieux monsieur habitant des lieux, il accepta d’être photographié. Les murs si hauts et proches, semblables dans beaucoup d’allées, paraissaient dessiner un labyrinthe, il fallait m’y retrouver. Je quittai déjà Donglianhua, l’un des plus importants villages musulmans de Yunnan croisant sur mon chemin, des calèches avec des familles aux visages fleuris et rieurs.

 

« Au milieu des ténèbres, je souris à la vie, comme si je connaissais la formule magique qui change le mal et la tristesse en clarté et en bonheur. Alors, je cherche une raison à cette joie, je n’en trouve pas et ne puis m’empêcher de sourire de moi-même. Je crois que la vie elle-même est l’unique secret. Car l’obscurité profonde est belle et douce comme du velours, quand on sait l’observer. Et la vie chante aussi dans le sable qui crisse sous les pas lents et lourds de la sentinelle, quand on sait l’entendre. »

Rosa Luxembourg

Marine Giangregorio