La toile vide

« La toile vide. Apparemment: vraiment vide, silencieuse, indifférente. Presque stupéfaite. Effectivement: pleine de tensions, avec mille voix basses, lourde d’attente. Un peu épouvantée parce qu’elle peut être violentée. Mais docile. Elle fait volontiers ce qui lui est demandé et implore seulement la pitié. Elle peut tout porter, mais non tout supporter. Merveilleuse est la toile vide, plus belle que bien des tableaux. »

 

Vassily Kandisky

D’une danse endiablée

À 3h Marilyne en débardeur s’affole sur un rythme dense se déhanche la chair en transe goutte la sueur de démence…Coule sur mes lèvres me pénètre me possède à mon tour je perds la boule!

« Que voulez-vous?  »

« Une longue escale entres vos reins »

Elle me tire, oh j’en tremble! nous y sommes. Peau contre peau, exaltantes, battantes à tout rompre.

« Apprivoisez mon sang fiévreux et de mes yeux ne saurez plus rien! »

J’ai sombré, me suis noyé en la ténébreuse enfant et de la suite…n’en sais trop rien.

Respire

Respire

Respire

Sur une musique langoureuse, nos corps s’adresse un bel adieu, non sans remord d’un corps sans cœur, habité

d’un doux désordre.

J’ai eu la chance d’entendre Christophe l’an dernier à la salle Pleyel et d’être transportée vers le cosmos. Une voix suave, fragile, sur laquelle on s’installe comme sur un nuage, des textes poétiques, une musique eclectique…Ce fut l’un de mes plus beaux voyages.

Quand les premières notes de La dolce Vita se sont glissées sous ma chair, le coup de coeur était annoncé…

 

Mutilés

J’entends

Les scies roder

Je le tiens du regard

 

Mon regard

Chaque matin

Comme les bêtes ailés

Trouve refuge sur ses branches

Elles abritent mes confidences

 

Je sens

La colère

Le manque à venir

Face à ma fenêtre

Le goût amer du café

 

L’absence d’un ami

Des corneilles

Tous partis

Sans cris

Pour de l’argent

Du bois brûlé

 

Rien que du bois brûlé

 

Lui et moi

Muets

Soudés

 

Mutilés.

Boomerang

Le Cri

Vertige

De la Vague

Déferlante

J’ai du Vent

Dans mon sang !

Courir

M’essouffler

Danser

M’essouffler

Aimer

M’essouffler

Une voix

Si douce

N’ose pas

Saigner

Des mots

Enragés

La Plume

Les Ancre

Les extirpe

de la gorge,

Crache du noir

Les arrache

Au chaos

De ma chair

De mes doigts

Qui tremblent

Car les maux

Comme le cri

me reviennent

Plus violents

Me lacèrent

Quand l’esprit

Impétueux

Butte

Contre lui-même:

Boomerang

Qui aura l’ART

Pour adversaire.

 

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« Mais quand elle aimait, des flots de luxure

Débordaient, ainsi que d’une blessure

Sort un sang vermeil qui fume et qui bout,

De ce corps cruel que son crime absout;

Le torrent rompait les digues de l’âme,

Noyait la pensée, et bouleversait

Tout sur son passage, et rebondissait

Souple et dévorant comme de la flamme,

Et puis se glaçait. »

 

Paul Verlaine, extrait de Marco, Poèmes Saturniens

Les onze mille verges de Guillaume Appolinaire

« Pendant ce temps, dans la rue la foule s’amassait autour du fiacre 3 269 dont le cocher n’avait pas de fouet.
Un sergent de la ville lui demanda ce qu’il en avait fait:
– Je l’ai vendu à une dame de la rue Duphot.
– Allez le racheter ou je vous fous une contravention.
– On y va, dit l’automédéon, un Normand d’une force peu commune, et, après avoir pris des renseignements chez la concierge, il sonna au premier étage.
Alexine alla lui ouvrir à poil; le cocher en eu un eblouissement et, comme elle se sauvait dans la chambre à coucher, il courrut derrière, l’empoigna et lui mit en levrette un vit de taille respectable. Bientôt il déchargeat en criant « Tonerre de Brest, bordel de Dieu, putain de salope! »
Alexine lui donnait des coups de cul et déchargeat en même temps que lui, pendant que Mony et Culculine se tordaient de rire. Le cocher, croyant qu’ils se moquaient, se mit dans une colère terrible.
– Ah! putains, maquereau, charogne, pourriture, cholera, vous vous fouttez de moi! Mon fouet, où est mon fouet? Lire la suite Les onze mille verges de Guillaume Appolinaire

Sans rire!

J’ai pas de rire

Je lui ai demandé si ça le dérangeait

Tout de même une femme sans rire, c’est pas très séduisant

Il s’est moqué

Il a ri

Bien fort

Oh, et puis passons…

Je ne sais plus quand j’ai perdu mon rire

À vrai dire j’ai l’impression de ne jamais l’avoir connu

Et même, en de rares et grandes occasions quand je….disons, quand je…

Quand mes lèvres deviennent élastiques, qu’un côté prend route à droite (le droit), l’autre prend route à gauche (le gauche) et bien, mes cordes vocales me lâchent. Je suis contente sans bruit, je peux à peine l’exprimer, le partager.

Je suis amputée du rire.

Seule avec mon contentement. Ma petite rigolade silencieuse.

Enfin, de toute manière comme je vous l’ai dit c’est rare.

Ma spécialité c’est plutôt les larmes. Ah ça! Je connais bien leur goût.  Lui aussi…il les aime je crois. Et puis, elles reviennent, elles sont comme à la maison sur mes joues. Faut dire, que j’en prends soin.

Oh, et puis passons…

Le rire dit-on est communicatif, alors vous imaginez bien, si près de moi, l’on s’exclame de joie, je, je, je perds raison. C’est le meurtre (encore les larmes) ou le rire. Je choisis l’option rire et me concentre. Je ne bouge plus, ne parle plus, regarde droit devant moi, comme si le rire prenait une forme humaine. Je respire de plus en plus vite. Comme pour me convaincre que ce rire ne pourrait plus être contenu, enfermé de la sorte, qu’il allait enfin prendre son envol!

Vole!

Vole!

Rire!

 

Non.

Je dois me résoudre à vivre sans rire. Mais plus j’y pense, plus la joie autour de moi se manifeste. De façon très envahissante. C’est indécent. Toutes sortes de rires, des obèses, des rires de barytons, des saccadées, des maléfiques, des, des, des rires de gouffres! Qui vous avalent tout cru, malgré vos yeux larmoyants.

Le mien finira bien par jaillir…il me fait peur d’ailleurs.

En attendant pour me consoler, je pense (avec une once de culpabilité)…

« Rira bien qui rira le dernier »!

Mélancolie

La mélancolie s’acharne

À faite pleurer l’âme

À ne pas laisser mourir

Ce qui a fait vivre le cœur

 

Battre la Vie!

 

Alors,

J’étreins la belle tristesse

Qui m’absente du monde

Et dans mon regard

Qu’elle enchaine

Vous verrez

Je ne suis pas là

Je suis à elle

 

Dans cette douce prison

Aux barreaux de chair

Tenir l’amour en fuite

Du bout de la mémoire

Le tenir avec rage

Pour posséder le corps

Encore, encore…

Comme hier

 

Comme jamais plus.

 

Oh non! La mélancolie

Ne fait rien revivre

Elle me condamne

À me perdre

Dans ses abysses

À ne plus être

 

Ici.

 

Matin Ivre

Un voluptueux parfum de café s’envole. Tu dors. Essence au sensuel plaisir, le café fume, je te caresse des yeux, me laisse transporter par ses délices. Tu parles un peu, tu es ailleurs. Sur les vitres la chaleur se condense, tout devient vaporeux. La traversée des nues est à la portée des sens: nos corps s’approchent, se confondent, leurs contours se soulèvent s’éloignent en titubant, tombent et se pénètrent dans un nid de graines charnelles aux pouvoirs envoûtants. Quel langoureux vertige! Ce café me rend ivre, me fait jouir en silence.

Doucement, tu t’animes. Dehors, les silhouettes se pressent. Tu sors du lit, viens à moi. Nous rêvions tous deux. L’amour se promenait ici et là, transporté sur les fleurs séchées, le sablier et la table basse en bois. Ma tasse se vide mais avant de rejoindre les passants, je savoure le goût d’aimer suspendu sur le bout de nos langues, sur ce matin ivre. Tu m’embrasses, je souris.

Un voluptueux parfum de café s’envole et nous emporte sur son nuage sans rives.

La mer comme la musique, nous offre des horizons infinis

J‘ai navigué sur cet autre monde où le temps n’est plus que du vent. Nous pouvons avancer au plus près, au travers, dos au vent, avancer imperceptiblement lorsqu’il semble être moins fort mais…nous ne pouvons aller au devant de lui. Il est le chef d’orchestre. Paré à virer? Quel bien fou cela fait de sentir la terre s’échapper sous vos pieds, de sentir que votre existence est entre les mains de la nature, entre vos propre mains. La notion du temps n’est plus celle imposé en société, qui ne nous apprend pas l’essentiel pour nous épanouir: savoir prendre le temps de vivre (savourer l’attente, l’ennui, la lenteur, être à l’écoute de ses désirs, de ses besoins, suppose pourtant tout cela). En naviguant on doit être humble. Alors face à mère nature, nous redevenons Homme dans toute notre petitesse et notre grandeur.

 

Ô rêves!

Ô rêves!

Vous habitez ma chair, mes sens,

Possédez mes impressions longuement après l’éveil

Et ne me délivrez jamais vraiment

Mais après tout,

Je fais intrusion dans votre monde et me confie à vous

Me donne toute entière dans les bras de Morphée

Inconsciente!

 

Maîtres de mes nuits, maîtres de mes jours

Part de ténèbres, que l’on redemande.

Il y a des jours…

Il y a des jours où l’on voudrait qu’il pleuve, la pluie donne un sens à la tristesse, elle sont comme deux amies qui se tiennent la main.

Il y a des jours où il faudrait que le cœur batte si fort qu’il nous emmènerait là où la raison se rendrait sans hésiter, vaincue.

…et puis il y a demain, demain qui ressemble à une promesse de soleils et d’ivresses.

« Si l’on demande pourquoi la santé ne suffirait pas, pourquoi la fêlure est souhaitable, c’est peut-être parce qu’on n’a jamais pensé que par elle et sur les bords, et que tout ce qui fut bon et grand dans l’humanité entre et sort par elle, chez des gens prompts à se détruire eux-mêmes, et que plutôt la mort que la santé qu’on nous propose. »

Gilles Deleuze, Logique du sens

« C’était bien une Vénus, et d’une merveilleuse beauté. Elle avait le haut du corps nu, comme les anciens représentaient d’ordinaire les grandes divinités. Rien de plus suave, de plus voluptueux que ses contours; rien de plus élégant et de plus noble que sa draperie. Quant à la figure, jamais je ne parviendrai à exprimer son caractère étrange, et dont le type ne se rapprochait de celui d’aucune statue antique dont il me souvienne. […] En vérité, plus on regardait cette admirable statue, et plus on éprouvait le sentiment pénible qu’une si merveilleuse beauté pût s’allier à l’absence de toute sensibilité.
– Si le modèle a jamais existé, dis-je à M.de Peyrehorade, que je plains ses amants! Elle a du se complaire à les faire mourir de désespoir. Il y a dans son expression quelque chose de féroce, et pourtant je n’ai jamais vu rien de si beau. »

Prosper Mérimée, La Vénus d’Ille

« Je ne voudrais pas que chaque homme ni que chaque partie de l’homme soient cultivés, pas plus que je ne voudrais que le soit chaque arpent de terre; une partie sera labour, mais la plus grande part restera prairie et forêt, ne servant pas à un usage immédiat, mais préparant un humus pour un futur lointain, grâce à la décomposition annuelle de la végétation qu’elle porte. »

Henry David Thoreau, De la marche

Fleurs séchées

Dans un panier en osier

J’ai disposé quelques fleurs séchées

Les années fanent

Sèchent les pétales,

Rose (a) cueillie d’amour

D’un mardi où le cœur chantait

Les souvenirs deviennent fragiles

C’est avec délicatesse qu’il faut les prendre

Et même les regarder

 

Dans le fléchissement quotidien

Qui les guidaient vers l’incarnation du passé

Lorsque jour après jour elles se recroquevillaient

S’immobilisaient dans cet aller sans retour

Nos désirs, nos doutes, nos espoirs

Les mouvements du cœur

Dont si souvent elles avaient été les témoins

 

Et maintenant elles semblent rires !

Elles se moquent de moi

Car chaque fois que je les observent

Que soigneusement entres mes mains

Je les prends et les sent battre

J’ai peur, peur qu’elles se brisent

C’est aujourd’hui un temps impénétrable

Qui les imprègnent

Où la crainte de nous perdre n’existait pas

Alors, j’en prend soin

 

Dans un panier en osier

J’ai disposé quelques fleurs séchées

Les années fanent

Sèchent les pétales,

Rose (a) cueillie d’amour

D’un mardi ou le cœur chantait

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Mère nature

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La nature comme une mère est toujours prête à nous accueillir en son sein. Elle sait nous réconforter, panser nos plaies. Le murmure des jeunes feuillages caresse, l’eau qui scintille sous le soleil chuchote des mots doux, le corps de l’arbre qui s’épanche nous enlace et nous apaise, l’envol de l’hirondelle nous entraîne au creux d’un ciel qui attend qu’on y trace sa voie. Dans ses bras nous sentons le pouls du monde et puisons la force nécessaire pour avancer, plus vivants que jamais.

« Il y a quelque chose de très doux dans toute rencontre solitaire, même s’il ne s’agit que de la rencontre avec un grand arbre isolé ou un animal de la forêt, qui sans bruit s’arrête et nous fixe dans l’obscurité. Je crois que la vraie pantomime érotique, dans ce qu’elle a de décisif, ce n’est pas l’étreinte mais la rencontre. À aucun autre moment le sensuel n’est aussi chargé d’âme et la part d’âme aussi sensuelle que dans la rencontre. Tout est alors possible, tout est en mouvement, tout est dissous. Il y a là une attirance réciproque, vierge encore de convoitise, mélange naïf de confiance et de crainte. Il y a là quelque chose de la biche, de l’oiseau, sombre animalité, pureté angélique, présence du divin. »

Hugo Von Hofmannsthal, Chemins et rencontres

« Pourquoi la nature muette qui te fais signe et qui n’est que vie vécue, vie voulant à nouveau être vécue, ne devrait-elle pas, lassée des froids regards avec lesquels tu la contemples, t’attirer en elle à quelques rares moments et te montrer qu’elle aussi, dans ses profondeurs, a des grottes sacrées où tu peux ne faire qu’un avec toi qui, dehors, te sens si étrangers à toi-même? »

Hugo von Hofmannsthal, Lettres du retour

Kreuzberg

De passage à Berlin pour quelques jours, j’ai fais la découverte de Kreuzberg quartier populaire au cœur palpitant, situé au centre de la capitale. Je n’avais pas encore traversé la route pour aller vers lui que déjà les rues colorées me tendaient les bras, je pressentais la convivialité, la chaleur humaine et le charme du quartier auquel j’allais succomber. En avant! D’innombrables tags se logent sur les murs, des personnes de toutes cultures se coudoient, les langues aux sonorités turques, allemandes, maliennes se mêlent, les parfums de cuisines se propagent de boutique en boutique, les musiques forment un chœur: un véritable kaléidoscope s’offre à moi, me faisant davantage voyager. Happée par l’atmosphère trépidante, je m’enivre de ces richesses humaines, si modestes. J’ai le sentiment qu’un air de liberté d’être se promène. Liberté d’être de là, d’ailleurs, les cheveux rouges, verts, d’écouter de l’electro, du jazz (ou tout ça à la fois), mais aussi d’être pauvre, démuni, car en avançant un peu plus l’on croise ceux qui se mettent à l’abri des regards et dont le ciel est le toit (je parle de liberté d’être pauvre en pensant, entre autre, à la capitale hongroise dans laquelle les personnes sans-abri ont l’interdiction de pénétrer dans certaines zones de la ville sous peine de condamnation). En poursuivant la visite je suis invitée à participer à une petite fête de quartier (…dans le quartier), pour l’occasion des tables ont été installées et autour en famille, on discute, on boit, on écoute les musiciens jouer…il fait bon de vivre!

Des femmes, au loin à Lhassa

Ma première impression au contact de la population tibétaine, non des moins agréables, fut l’élégance, l’élégance des femmes. Elles portent toujours de longues jupes ou robes avec par dessus, un tablier coloré signe de leur mariage, un chapeau et de belles boucles d’oreilles pendantes, que leurs cheveux noués laissent davantage apparaître. Ensuite, le peuple tibétain m’a paru être un peuple fier et très croyant. Dans les rues, chacun à un mala (chapelet bouddhiste) à portée de mains.
J’ai visité quelques temples à Lhassa la capitale de la région et dans ses environs. Puis j’ai pris la route du Chomolungma (Mont-Everest), je suis restée une nuit à dormir sous une tente au pied de cette montagne. L’altitude est de 5500m, la route est dangereuse et mon corps à cruellement manqué d’oxygène. Le ciel étoilé reste mémorable cependant, il n’est pas nécessaire d’aller si haut pour voir de si beaux paysages. Il y a parait-il, d’autres régions du Tibet qui méritent d’être vu et dont l’accès est moins éprouvant.
J’ai croisé sur ma route de drôles de badauds, nombreux et beaux! Et pour cause, les moines tibétains partagent le couvert avec eux. Permettez-moi de vous en présenter un:

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« Au milieu des ténèbres, je souris à la vie, comme si je connaissais la formule magique qui change le mal et la tristesse en clarté et en bonheur. Alors, je cherche une raison à cette joie, je n’en trouve pas et ne puis m’empêcher de sourire de moi-même. Je crois que la vie elle-même est l’unique secret. Car l’obscurité profonde est belle et douce comme du velours, quand on sait l’observer. Et la vie chante aussi dans le sable qui crisse sous les pas lents et lourds de la sentinelle, quand on sait l’entendre. »

Rosa Luxembourg

Les mains flâneuses