« Un visage humain est un hiéroglyphe… »

« Un visage humain est un hiéroglyphe, un signe particulier et sacré. Il y a là une présence de l’âme et il en est de même chez les animaux – regarde un buffle bien en face quand il mâche ou quand il est furieux et roule des yeux ourlés de sang, regarde un aigle et un bon chien. Dans un visage humain, il y a un vouloir et un devoir, et c’est davantage qu’un simple vouloir et un simple devoir. […] Et maintenant, depuis quatre mois, je vois les visages des vrais individus: non pas qu’ils soient dépourvus d’âme, il arrive assez souvent qu’une lueur d’âme surgisse, mais elle se dissipe aussitôt et c’est un va-et-vient à n’en plus finir, comme dans un pigeonnier, entre force et faiblesse, entre facilité et labeur, entre vulgarité et grandeur, une vraie frénésie de possibilités; et ce qui manque, c’est une pensée logée derrière tout ça, grande et impossible à formuler, une pensée toujours présente, toujours là dans les bons visages, et qui, comme un panneau indique dans le grand désordre de la vie le chemin qui conduit à la mort et même au-delà de la mort, et sans laquelle un visage n’est pas pour moi un hiéroglyphe, ou alors seulement mutilé, brouillé, profané. »

 

Hugo Von Hofmannsthal, Lettres du retour

Publicités

« Le degré de la vitesse est directement proportionnel à l’intensité de l’oubli. De cette équation on peut déduire divers corollaires, par exemple, celui-ci : notre époque s’adonne au démon de la vitesse et c’est pour cette raison qu’elle s’oublie facilement elle-même. Or je préfère inverser cette affirmation et dire : notre époque est obsédée par le désir d’oubli et c’est afin de combler ce désir qu’elle s’adonne au démon de la vitesse ; elle accélère le pas parce qu’elle veut nous faire comprendre qu’elle ne souhaite plus qu’on se souvienne d’elle ; qu’elle se sent lasse d’elle-même ; écœurée d’elle-même ; qu’elle veut souffler la petite flamme tremblante de la mémoire. »

 

Milan Kundera, La lenteur

Les « petites mains » font les grands chantiers

En Chine, beaucoup de gens continuent de faire dans de grandes ou de petites villes, des métiers d’autrefois. L’été ces artisans profitent de la chaleur, les portes s’ouvrent et mêmes les salons de coiffure s’installent en plein air. J’ai été marquée par le courage des femmes qui font des travaux physiques d’ordinaire en France réservés aux hommes, une des photos l’illustre et montre des femmes travaillant sur un chantier. Elles portent souvent de lourdes charges sur le dos comme des blocs de pierres nécessaires aux chantiers. Malgré leurs difficultés, certains métiers traditionnels perdurent. Dans une ville portuaire j’ai croisé un porteur (photo ci-dessus), cette activité existe depuis plus d’un siècle. Ce monsieur déchargeait le linge  sale d’un bateau touristique: pénibilité, force et hardiesse peuvent se lire sur sa chair.

 

Arythmie

À tes côtés, toujours l’absente,

L’ombre de celle que tu aimes

Son visage qu’une belle mélancolie fait sombrer

Qu’une belle mélancolie a ravi

 

À tes côtés, toujours l’absente,

Ton impuissance à briser la muraille où elle se cloître

La bouche qui résiste, vos chutes muettes sur les rocs de silences

Et l’hémorragie attendue,

 

À tes côtés, toujours l’absente,

Une douleur sans épaisseur, sans bruit, sans odeur

Ta main sur la sienne, la solitude à deux

Elle t’avais pourtant dit de ne pas l’aimer

 

Mais,

 

Comment deviner les suffocations du cœur?

Berceuse

Derrière ma fenêtre, une chanson douce.

 

Elle habille le monde de silence

Et d’une étrange lumière.

Sa voix saupoudre des étoiles blanches

Délicatement, sur mes rêves

 

Si soudainement ranimés.

 

Le ciel fredonne sa berceuse.

 

Il a fallut de si peu, pour que tout devienne

Fééerique.

Et moi,

 

Une enfant.

 

« Les Tonalités affectives »

« Battement vif du cœur, circulation plus libre du sang dans ses vaisseaux les plus fins et respiration plus libre, de même ces mouvements, accomplis dans l’inconscient, disposent le conscient à la joie, mais sont, à leur tour, stimulés quand le conscient conçoit des idées joyeuses ; on doit carrément appeler ces impulsions la joie inconsciente de l’organisme lui-même, comme on dit métaphoriquement d’une plante : elle verdit et fleurit joyeusement. »

Carus, Psyché, 1847

Bacchus, l’oiseau et moi

À l’aube d’une nuit

Où mon esprit se noya

Dans les contrées de Bacchus,

En une rivère rouge

Qui toujours sait,

Me charmer et m’envoûter

 

Alors qu’en détresse dans mon lit

Je cherchais une rive où délaisser mes maux

Où me dire qu’au dieu de la vigne

M’abandonner je n’aurai dû,

À l’entente de ma plainte,

 

Il est venu

 

Mais…

Était-il déjà là, où

Est-ce moi qui pour cueillir

Son chant une oreille lui prêta?

Qu’importe, derrière les volets

Je le devinais: fin, beau, fier

Sur sa branche perché

Il dominait le monde

Prêt à l’éveiller

Du bout du bec,

 

À l’enchanter

 

L’obscurité qui m’entourait

Et toujours un peu de rouge

Pour me hanter,

S’atténuèrent.

À l’arrivée de l’oiseau

Les démons de Bacchus se turent

Cet inattendu sauveur

Comme un bel amant

Était venu par surprise

Me réconforter

Quand le monde encore

Sommeille,

 

À la lueur des chimères

 

Des douleurs et regrets tiraillants

Mon attention dévia

Je n’étais plus seule avec le tentateur

Ce petit oiseau maître-enchanteur

M’avait montré le bout de terre

Où soulager mon cœur

Et de tanguer,

 

Il s’arrêta

 

Sans nous être vu

L’oiseau ami et moi

Chantions enfin à l’unisson,

Avant de s’envoler

Il me confia aux songes

Qui m’enlevèrent

Et me rendirent

 

Ivre de rêves!

Tu m’as demandé si j’avais bien dormi

Tu m’as demandé si j’avais bien dormi, tu dois savoir que ce n’est pas un problème pour moi, bien souvent j’appelle Hypnos à mon secours pour tout évanouir entres ses bras, alors je pars si loin dans ses profondeurs que je n’entends plus rien! Je deviens sourde à moi-même. Le réveil, c’est lui qui est redoutable, quand tout se remet en place dans la conscience.

Mais tu sais, ça aurait pu être une belle journée,

Sans les doutes

Sans les vertiges

Sans la grisaille

Sans le vacarme

Avec toi.

Le temps de vivre

Septembre…nous partions de Bretagne pour aller vers les îles Anglo-Normandes. J’éprouvai toujours ce bien-être que la mer me procure (quoique les conditions météo ne m’ont pas ménagé), ce rapport au temps qui est tout autre: l’heure, nous la regardions seulement pour surveiller celle des marées et des courants. Et le plaisir de tracer une route, unique, qui se refermerait aussitôt après notre passage.

DSC00752.jpg! (2)

Colère, douleur, amour: Beautés abyssales!

L’art et la liberté d’expression doivent vaincre.

J’étais présente lors des rassemblements pour la libération de Jacqueline Sauvage, cette femme maltraitée durant des années par son mari, son bourreau et qui a fini par le tuer.

Les combats se rejoignent. Et pour ceux qui jugent de loin, on ne peut combattre la violence par la violence ou la mort par la mort. Fort heureusement la peine de mort dans ce pays est abolie.

Nous ne sommes pas égaux face à nos démons mais la création est un moyen de lutte, contre soi-même, une dictature ou une injustice. C’est une résistance sous toute ses formes. La possibilité d’exister autrement.

Elle est cette petite voix qui permet, quand cela nous parait impossible, de COEXISTER.

Alors, Bertrand Cantat, continue de chanter, de crier, de dénoncer…ta voix est mienne!

 

La toile vide

« La toile vide. Apparemment: vraiment vide, silencieuse, indifférente. Presque stupéfaite. Effectivement: pleine de tensions, avec mille voix basses, lourde d’attente. Un peu épouvantée parce qu’elle peut être violentée. Mais docile. Elle fait volontiers ce qui lui est demandé et implore seulement la pitié. Elle peut tout porter, mais non tout supporter. Merveilleuse est la toile vide, plus belle que bien des tableaux. »

 

Vassily Kandisky

D’une danse endiablée

À 3h Marilyne en débardeur s’affole, sur un rythme danse se déhanche, la chair en transe goutte la sueur de démence…Coule sur mes lèvres, me pénètre, me possède, à mon tour je perds la boule!

« Que voulez-vous?  »

« Une longue escale entres vos reins? »

Elle me tire, oh j’en tremble! nous y sommes. Peau contre peau, exaltantes, battantes à tout rompre.

« Apprivoisez mon sang fiévreux et de mes yeux ne saurez plus rien! »

J’ai sombré, me suis noyé en la ténébreuse enfant et de la suite…n’en sais trop rien.

Respire.

Respire.

D’une musique langoureuse, nos corps s’adresse un bel adieu, non sans remord d’un corps sans cœur, habité

d’un doux désordre.

J’ai eu la chance d’entendre Christophe l’an dernier à la salle Pleyel et d’être transportée vers le cosmos. Une voix suave, fragile, sur laquelle on s’installe comme sur un nuage, des textes poétiques, une musique eclectique…Ce fut l’un de mes plus beaux voyages.

Quand les premières notes de La dolce Vita se sont glissées sous ma chair, le coup de coeur était annoncé…

 

Les mains flâneuses