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Sur la route romantique avec Hugo Von Hofmannsthal…

 

 

 

« Debout sur le pont, appuyé sur la pierre lisse et séculaire, je vis deux embarcations s’approcher l’une de l’autre et je pensai soudain à des lèvres retrouvant facilement, comme dans un rêve, le chemin trop longtemps dépris des lèvres de l’être aimé. Je sentais toute la douloureuse douceur de cette pensée mais restais à fleur de conscience, sans pouvoir plonger plus avant dans mon esprit pour savoir à qui j’avais songé au plus profond de moi; c’est alors qu’une pensée me frappa comme un regard qui vous fixe derrière un masque et j’eus l’impression que c’était le regard de Katharina dont je n’avais encore jamais baisé la bouche. Maintenant tout était embrasé; derrière les îles, les nuages semblaient se dissoudre en une vapeur d’or dans un rougeoiement éthéré couronnant cette boule d’or: je me rendis compte que ce n’était pas seulement le soleil de cette heure mais celui d’années disparues, de siècles entiers. J’eus l’impression que jamais je ne pourrais perdre cette lumière, je me détournai et partis. Des jeunes filles me frôlaient, l’une d’elles en bouscula une autre et arracha son châle noir; je vis sa nuque entre le noir des cheveux et celui de l’étoffe qu’elle se hâta de rajuster: mais la clarté de cette nuque fragile fut un jaillissement de lumière, partout découvert et partout recouvert. Les adolescentes en châles avaient déjà disparu, comme des chauves-souris dans la fente d’un mur; un vieil homme passa, et au plus profond de ses yeux, des yeux de vieil oiseau triste, brillait une étincelle de lumière. »

Hugo Von Hofmannsthal, Chemins et rencontres

Kreuzberg

De passage à Berlin pour quelques jours, j’ai fais la découverte de Kreuzberg quartier populaire au cœur palpitant, situé au centre de la capitale. Je n’avais pas encore traversé la route pour aller vers lui que déjà les rues colorées me tendaient les bras, je pressentais la convivialité, la chaleur humaine et le charme du quartier auquel j’allais succomber. En avant! D’innombrables tags se logent sur les murs, des personnes de toutes cultures se coudoient, les langues aux sonorités turques, allemandes, maliennes se mêlent, les parfums de cuisines se propagent de boutique en boutique, les musiques forment un chœur: un véritable kaléidoscope s’offre à moi, me faisant davantage voyager. Happée par l’atmosphère trépidante, je m’enivre de ces richesses humaines, si modestes. J’ai le sentiment qu’un air de liberté d’être se promène. Liberté d’être de là, d’ailleurs, les cheveux rouges, verts, d’écouter de l’electro, du jazz (ou tout ça à la fois), mais aussi d’être pauvre, démuni, car en avançant un peu plus l’on croise ceux qui se mettent à l’abri des regards et dont le ciel est le toit (je parle de liberté d’être pauvre en pensant, entre autre, à la capitale hongroise dans laquelle les personnes sans-abri ont l’interdiction de pénétrer dans certaines zones de la ville sous peine de condamnation). En poursuivant la visite je suis invitée à participer à une petite fête de quartier (…dans le quartier), pour l’occasion des tables ont été installées et autour en famille, on discute, on boit, on écoute les musiciens jouer…il fait bon de vivre!