Archives du mot-clé ivresse

L’ivresse

Nager à perdre la raison

Danser à perdre la raison

Marcher à perdre la raison

Jeûner à perdre la raison

 

Écrire, peindre, créer pour reprendre souffle.

 

 

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Ivresses musicales

« (…) Je me demandais si la musique n’était pas l’exemple unique de ce qu’aurait pu être- s’il n’y avait pas eu l’invention du langage, la formation des mots, l’analyse des idées- la communication des âmes. »

Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, La Prisonnière

 

Pour moi, mélomane, le rapport à la musique est frontal, elle agit infiniment sur les émotions.

Gare à la puissante houle

Au corps qui m’échappe

À la conscience évanouie

Et ça pulse

Et ça danse!

Je suis ivre

Ivre

Ivre

Le bateau vogue vers l’horizon

La liberté a un goût de sel sur la peau

Peau qui vibre près d’un juke-box

La parole est charnelle

Quand je danse…

 

Entends

 

C’est horrifiant et magnifique

Le corps gronde, jouit, implore

Sourdement

Laisse le vent fouetter ta peau

Goutte au sel, vogue

Vogue

Danse!

 

Instinctivement

 

Bacchus, l’oiseau et moi

À l’aube d’une nuit

Où mon esprit se noya

Dans les contrées de Bacchus,

En une rivère rouge

Qui toujours sait,

Me charmer et m’envoûter

 

Alors qu’en détresse dans mon lit

Je cherchais une rive où délaisser mes maux

Où me dire qu’au dieu de la vigne

M’abandonner je n’aurai dû,

À l’entente de ma plainte,

 

Il est venu

 

Mais…

Était-il déjà là, où

Est-ce moi qui pour cueillir

Son chant une oreille lui prêta?

Qu’importe, derrière les volets

Je le devinais: fin, beau, fier

Sur sa branche perché

Il dominait le monde

Prêt à l’éveiller

Du bout du bec,

 

À l’enchanter

 

L’obscurité qui m’entourait

Et toujours un peu de rouge

Pour me hanter,

S’atténuèrent.

À l’arrivée de l’oiseau

Les démons de Bacchus se turent

Cet inattendu sauveur

Comme un bel amant

Était venu par surprise

Me réconforter

Quand le monde encore

Sommeille,

 

À la lueur des chimères

 

Des douleurs et regrets tiraillants

Mon attention dévia

Je n’étais plus seule avec le tentateur

Ce petit oiseau maître-enchanteur

M’avait montré le bout de terre

Où soulager mon cœur

Et de tanguer,

 

Il s’arrêta

 

Sans nous être vu

L’oiseau ami et moi

Chantions enfin à l’unisson,

Avant de s’envoler

Il me confia aux songes

Qui m’enlevèrent

Et me rendirent

 

Ivre de rêves!

Matin Ivre

Un voluptueux parfum de café s’envole. Tu dors. Essence au sensuel plaisir, le café fume, je te caresse des yeux, me laisse transporter par ses délices. Tu parles un peu, tu es ailleurs. Sur les vitres la chaleur se condense, tout devient vaporeux. La traversée des nues est à la portée des sens: nos corps s’approchent, se confondent, leurs contours se soulèvent s’éloignent en titubant, tombent et se pénètrent dans un nid de graines charnelles aux pouvoirs envoûtants. Quel langoureux vertige! Ce café me rend ivre, me fait jouir en silence.

Doucement, tu t’animes. Dehors, les silhouettes se pressent. Tu sors du lit, viens à moi. Nous rêvions tous deux. L’amour se promenait ici et là, transporté sur les fleurs séchées, le sablier et la table basse en bois. Ma tasse se vide mais avant de rejoindre les passants, je savoure le goût d’aimer suspendu sur le bout de nos langues, sur ce matin ivre. Tu m’embrasses, je souris.

Un voluptueux parfum de café s’envole et nous emporte sur son nuage sans rives.