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« Les bêtes, les plantes, la pierre!

« C’est fort, un arbre; ça a mis des cent ans à repousser le poids du ciel avec une branche toute tortue.

« C’est fort, une bête. Surtout les petites.

« Ça dort tout seul dans un creux d’herbe, tout seul dans le monde.

« Tout seul dans le creux d’herbe, et le monde est tout rond autour.

« C’est fort de cœur; ça ne crie pas quand tu les tues, ça te fixe dans les yeux, ça te traverse par les yeux avec l’aiguille des yeux.

« T’as pas assez regardé les bêtes qui mourraient.

« C’est fort une pierre, une de ces grandes pierres qui partagent le vent; droites depuis qui sait? Mille ans?

« Une de ces pierres qui sont dans le monde depuis toujours devant toi, Jaume, la pomme et l’olivette, et moi, les bois et les bêtes, et les pères de tout ça, de toi, de moi, et de la pomme, devant que le père de tout ça, Jaume, soit seulement dans les brailles de son père.

« Une de ces pierres qui ont vu le premier jour, et qui sont depuis qui sait combien, toujours les mêmes, sans changer. C’est ça qu’il faut savoir, pour connaitre le remède. »

 

Colline, Jean Giono