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« Ecce Animot »

« Souvent je me demande, moi, pour voir, qui je suis – et qui je suis au moment où, surpris nu, en silence, par le regard d’un animal, par exemple les yeux d’un chat, j’ai du mal, oui, du mal à surmonter une gêne. »

Jacques Derrida, L’animal que donc je suis

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L’amour odeur de blé

Je me gorge de tes lèvres – de ton cou – de tes seins

Nos pouls se cherchent – se frottent – s’aiguisent

Nous

Renversent

Sur l’or brûlant d’un champ de blé

Le soleil – Attise – Attise

Le ruissellement sur nos chairs dissimulées

S’écoule sur la terre – odeur – d’hard’heure – odeur de blé

L’écume de nos bouches rugissantes

Seul – un vent léger

Et les rayons déclinants

Apaisent nos poitrines haletantes

Fait taire le crépitement des épis enflammés

Et frémir nos mains à leurs racines

Tant que le ciel – notre témoin et complice

Répandra sa semence

Je me gorgerai d’été – d’automne – d’hiver – de printemps

De ses cerises sucrées d’un rouge profond comme tes lèvres

De tes rires – de tes yeux – de tes plaintes

De tout ce que la vie nous offre comme Ivresse

 

Utopie à l’horizon

La longue route déserte est horizon

C’est un corps à corps

Avec le ciel

Avec cette branche

Avec la terre

Avec le vent

Le vent rassure

Il est la main qui vous secoue

Et par son souffle vous étreint

Les heures se brouillent

Tout mot est vain

Je suis silence

Accueillez mon égarement

Je me veux bête,

Cherche complices

Un coin de nature

Qui me ressemble

 

Je ne sais ce que mes pas veulent taire,

Sur quoi je marche

Mais je les sens s’élancer vers un horizon,

Où l’utopie se perche.

« Les bêtes, les plantes, la pierre!

« C’est fort, un arbre; ça a mis des cent ans à repousser le poids du ciel avec une branche toute tortue.

« C’est fort, une bête. Surtout les petites.

« Ça dort tout seul dans un creux d’herbe, tout seul dans le monde.

« Tout seul dans le creux d’herbe, et le monde est tout rond autour.

« C’est fort de cœur; ça ne crie pas quand tu les tues, ça te fixe dans les yeux, ça te traverse par les yeux avec l’aiguille des yeux.

« T’as pas assez regardé les bêtes qui mourraient.

« C’est fort une pierre, une de ces grandes pierres qui partagent le vent; droites depuis qui sait? Mille ans?

« Une de ces pierres qui sont dans le monde depuis toujours devant toi, Jaume, la pomme et l’olivette, et moi, les bois et les bêtes, et les pères de tout ça, de toi, de moi, et de la pomme, devant que le père de tout ça, Jaume, soit seulement dans les brailles de son père.

« Une de ces pierres qui ont vu le premier jour, et qui sont depuis qui sait combien, toujours les mêmes, sans changer. C’est ça qu’il faut savoir, pour connaitre le remède. »

 

Colline, Jean Giono

Frôler

 

Je sens…

La garrigue et les figues

C’est un village

C’est une place

Un vent chaud

Las

Les hommes viendront après la sieste jouer aux boules

Une église sur le côté

La mer, l’horizon, l’espoir au loin

 

Je  le frôle,

Il fait si bon de passer

Passer

Comme lui,

Sans bruit

Murmurer

Chut…

 

Bonheur fragile

 

Mutilés

J’entends

Les scies roder

Je le tiens du regard

 

Mon regard

Chaque matin

Comme les bêtes ailés

Trouve refuge sur ses branches

Elles abritent mes confidences

 

Je sens

La colère

Le manque à venir

Face à ma fenêtre

Le goût amer du café

 

L’absence d’un ami

Des corneilles

Tous partis

Sans cris

Pour de l’argent

Du bois brûlé

 

Rien que du bois brûlé

 

Lui et moi

Muets

Soudés

 

Mutilés.

« Je ne voudrais pas que chaque homme ni que chaque partie de l’homme soient cultivés, pas plus que je ne voudrais que le soit chaque arpent de terre; une partie sera labour, mais la plus grande part restera prairie et forêt, ne servant pas à un usage immédiat, mais préparant un humus pour un futur lointain, grâce à la décomposition annuelle de la végétation qu’elle porte. »

Henry David Thoreau, De la marche

Mère nature

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La nature comme une mère est toujours prête à nous accueillir en son sein. Elle sait nous réconforter, panser nos plaies. Le murmure des jeunes feuillages caresse, l’eau qui scintille sous le soleil chuchote des mots doux, le corps de l’arbre qui s’épanche nous enlace et nous apaise, l’envol de l’hirondelle nous entraîne au creux d’un ciel qui attend qu’on y trace sa voie. Dans ses bras nous sentons le pouls du monde et puisons la force nécessaire pour avancer, plus vivants que jamais.

« Il y a quelque chose de très doux dans toute rencontre solitaire, même s’il ne s’agit que de la rencontre avec un grand arbre isolé ou un animal de la forêt, qui sans bruit s’arrête et nous fixe dans l’obscurité. Je crois que la vraie pantomime érotique, dans ce qu’elle a de décisif, ce n’est pas l’étreinte mais la rencontre. À aucun autre moment le sensuel n’est aussi chargé d’âme et la part d’âme aussi sensuelle que dans la rencontre. Tout est alors possible, tout est en mouvement, tout est dissous. Il y a là une attirance réciproque, vierge encore de convoitise, mélange naïf de confiance et de crainte. Il y a là quelque chose de la biche, de l’oiseau, sombre animalité, pureté angélique, présence du divin. »

Hugo Von Hofmannsthal, Chemins et rencontres