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L’amour odeur de blé

Je me gorge de tes lèvres – de ton cou – de tes seins

Nos pouls se cherchent – se frottent – s’aiguisent

Nous

Renversent

Sur l’or brûlant d’un champ de blé

Le soleil – Attise – Attise

Le ruissellement sur nos chairs dissimulées

S’écoule sur la terre – odeur – d’hard’heure – odeur de blé

L’écume de nos bouches rugissantes

Seul – un vent léger

Et les rayons déclinants

Apaisent nos poitrines haletantes

Fait taire le crépitement des épis enflammés

Et frémir nos mains à leurs racines

Tant que le ciel – notre témoin et complice

Répandra sa semence

Je me gorgerai d’été – d’automne – d’hiver – de printemps

De ses cerises sucrées d’un rouge profond comme tes lèvres

De tes rires – de tes yeux – de tes plaintes

De tout ce que la vie nous offre comme Ivresse

 

Petite mort

Dénude mon corps de ses pétales charnelles. Une à une, fais-les tomber sensuelles et légères. Dans un langoureux vertige: l’amour pénètre.

À vifs cœurs lunaires: Battez!

Battez-vous!

Une farandole de cris s’embrasent et agonisent, de voluptueuses fumées s’envolent mon bien-aimé. Dans cet amour ardant, sur nos corps en feu, dansent des ombres haletantes. Flamboyante passion devient guerrière en cendre. Petite mort, coït accompli, désir de flammes que le souffle de l’amour ravive et éteint tour à tour. Mais au délice suprême consumé, survit dans le rouge des braises et leur nuage gris.

Le doux parfum de nos âmes enlacées

« Mais quand elle aimait, des flots de luxure

Débordaient, ainsi que d’une blessure

Sort un sang vermeil qui fume et qui bout,

De ce corps cruel que son crime absout;

Le torrent rompait les digues de l’âme,

Noyait la pensée, et bouleversait

Tout sur son passage, et rebondissait

Souple et dévorant comme de la flamme,

Et puis se glaçait. »

 

Paul Verlaine, extrait de Marco, Poèmes Saturniens