Jean Genet à Larache

En m’approchant des deux roches disposées à la tête et au pied du lit où Jean Genet repose, en touchant du bout des doigts la terre nue qui le drape, sa modestie et sa grandeur bercées par le ressac de l’horizon qui vous content les espoirs et les promesses que les Hommes y projettent, leurs rêves de fuites ou leurs voyages inachevés, il vente fort à l’âme et c’est un long soupir qui s’étend dans mon regard. Dans le cimetière espagnol de Larache qui surplombe la mer, entouré de soldats morts au combat, je pense que lui aussi est mort au combat, sans armes, rien qu’avec sa chair entaillée par les coups du sort puis offerte aux passions dévorantes, une plume comme une lance plantée au cœur pour lutter et survivre.  C’est une douleur je crois, une belle douleur chatoyante, vive et dénudée comme l’automne qui se déploie et dépose sa rose orpheline aux pieds de nos poitrines embaumées de révolte, d’insoumission et qu’aucun mot n’aura suffit, ne suffira à étreindre.

Jean Genet habitait une petite rue derrière le cimetière, tout près d’un lieu qui lui était familier : la prison (il n’a pas connu celle de Larache). Un habitant me dit que, jeune, il voyait cet homme aller, venir et qu’il ne sut qu’après sa mort comme beaucoup d’autres, son nom.

L’écrivain Juan Goytisolo lui tient désormais compagnie, Jean doit faire la grimace… de la tranquillité, de la tranquillité bon sang !

Le ciel peut s’éveiller, les étoiles fleurir,
Ni les fleurs soupirer, et des prés l’herbe noire
Accueillir la rosée où le matin va boire,
Le clocher peut sonner : moi seul je vais mourir.

Ô viens mon ciel de rose, ô ma corbeille blonde!
Visite dans sa nuit ton condamné à mort.
Arrache-toi la chair, tue, escalade, mords,
Mais viens! Pose ta joue contre ma tête ronde.

Nous n’avions pas fini de nous parler d’amour.
Nous n’avions pas fini de fumer nos gitanes.
On peut se demander pourquoi les Cours condamnent
Un assassin si beau qu’il fait pâlir le jour.

Amour viens sur ma bouche ! Amour ouvre tes portes !
Traverse les couloirs,descends, marche léger,
Vole dans l’escalier plus souple qu’un berger,
Plus soutenu par l’air qu’un vol de feuilles mortes.

Ô traverse les murs; s’il le faut marche au bord
Des toits, des océans, couvre-toi de lumière,
Use de la menace, use de la prière,
Mais viens, ô ma frégate, une heure avant ma mort

Le condamné à mort, Jean Genet

3 réflexions sur « Jean Genet à Larache »

  1. Il faudrait révision et ce beau film début des années quatre-vingts « Querelle de Brest », relire « Notre-Dame des fleurs », « les paravents » (ont-ils été remontés ?)
    Très beau texte de présentation des photos de ce pélerinage : plus qu’un hommage, une élégie !

    Aimé par 2 personnes

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