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« Nous nous touchons, comment? Par des coups d’aile, par les distances mêmes nous nous effleurons. Un poète seul vit, et quelquefois vient qui le porte au devant de qui le porta. » Rainer Maria Rilke à Marina Tsvetaïeva (lui dédicaçant Les Élégies de Duino) Correspondance à trois. Boris Pasternak, Rainer Maria Rilke, Marina Tsvetaïeva.

La belle déferlante

Le vide a bougé

Jai vu la vague

S’y abattre, aussi

Rugissante que

La chair qu’elle tenait

Entre ses dents

Belle créature saline

Qui romps les battants

De l’inertie, tu sais

Comme l’on se noie

Dans les déserts désirs

Des villes, je vais

Visage nu, gorge nue

Hanches nues que la houle

Balance, élance

Et mes yeux sanglants

Tiennent le soleil

Pour y jeter l’écho

D’un moi naviguant

Au large depuis

La naissance

D’après ma mort

 

Pourtant

 

Celle qui marche

Seule, nue

T’étreint, te fais

Rouler dans sa poitrine

Comme tu vas, viens

Glisses sous les doigts de

La lune, fidèle à ta liberté

Ne gardant rien en

Ton sein, que l’ardeur

Sais-tu qu’elle t’est si dévouée

Qu’un vide, un vide ne sera

Jamais assez grand

Pour vaincre

Ta belle déferlante

 

Je navigue,

Je navigue, au loin

Ici, en poésie

Où ma prose

Cherche ton sein

 

L’ennui

Le goût, son absence

C’est l’ennui, se soûler

Savez-vous, la main qui se tend

Vers le verre, c’est un désir

Lèvres abreuvées d’attente

L’ivrogne, dans la perte de soi

C’est encore l’amour qu’il cherche

Qui luit, discrètement au fin fond

Du regard, mais l’ennui

L’ennui enterre

Toute lumière

Tout chaos

C’est une

Une chair sans odeur

Une chair sans saveur

Un corps étranger

Qui ne mord rien

Et que rien ne mord

Que l’on sent à peine bouger

C’est le manque de vertige

Des pas sans échos

Et les os glacés de nuit

Signaux

Si seulement nous savions être

L’un à l’autre

Dans l’éloquence du silence

Mais la parole effarouche

L’angoisse et la gêne

Et nous passons, en nous frôlant

Par de vains mots

 

Nous nous regardons, en ne voyant

Que des paroles ricochant

De pupille à pupille

Pourtant, le corps

Sa gestuelle ou ses postures

Sont des signaux

Matière à connaissance et à langage

 

Vers où marche, d’un pas indolent le regard

Quel lendemain fredonne la nuque, raide et fière

Que repousse la main ballante et repliée

Et le front moite, qu’essuie-t-il de confusions et d’inassouvis?

 

Ô voix de l’inconscient à la bouche close

Il faut, hélas, beaucoup d’efforts

Pour que l’oeil vers toi se tende

Et entende ce que la bouche

Est impuissante à révéler

 

C’est avec les yeux que l’on écoute le mieux

L’inconsistance

Mystère et volupté des brumes, qui voilent, dévoilent.

Je me creuse pas à pas.

Mes désirs suintent des pores de ma peau, un peu terreux, étourdis, chaloupant d’hanche à hanche. Je suis matière dissoute dans un baiser d’envoûtante blancheur, tendre et gracieuse dame, vous m’étreignez comme le ciel par sa rosée étreint pétales, je verdoie et mon regard, ma poitrine lèchent goutte à goutte le temps qui coule d’entre vos lèvres. Je suis jouissance dans le bonheur déposé là, le temps d’un battement, un battement seulement.

Nous marcherons ensemble, votre odeur exquise le long des reins. Je sais. Elle s’en ira délicatement sommeiller dans la pénombre de ma mémoire. Puis.

J’irais encore au coeur de vous, entre l’être et le néant, mon souffle mêlé au vôtre dansant, à disparaître, réaparaître: de l’abîme à la cime, de la cime à l’abîme, il n’y a qu’une respiration.

Suspendue à l’inconnu.

N’est-ce pas là,

Le chemin?

Sur la route escarpée

Sur la route escarpée qui

Mène le vin à ma bouche

Tu marches

Je passe ma main dans

Tes cheveux, j’entrouvre mes

Lèvres pour que ton odeur

S’y allonge et soulage ton coeur

Par un frottement de tête

 

L’absence se caresse comme un animal docile

 

Et

Mes désirs prennent chair

Dans ma mémoire tremblante

 

Sur la route escarpée qui

Mène le vin à ma bouche

La rose rouge sèche

A trouvé refuge pour battre

Battre au creux du temps

Dans la lente et irradiante

Agonie des heures où règne

Reine, la fureur mnésique

Qui me tient vivante

 

Sur la route escarpée qui

Mène le vin à ma bouche

Je surplombe demain

Au plus près du ciel et

De ses oiseaux volant

Vers d’autres terres

 

De chair et d’encre

Tu vois mon amour il est

Simple d’écrire le ciel

D’y faire son lit

Buvons dans la paume

Du poème ce qu’il nous

Tend de lumière et d’insoumis

Puis étendons-nous comme

Des déserteurs sur les

Lèvres de l’utopie louvoyants

Dans le noir de l’encre et

Nos veines saillant l’aube

 

Tu vois mon amour il est

Simple d’écrire le ciel

D’y planter à l’automne

Un saule, de le voir croître

Et d’entendre s’écouler

Sa longue chevelure

En une fontaine de jouvence

Où viendront s’ébattre

Les colombes, fidèles

Amantes des poètes

J’ai rêvé mon corps

J’ai rêvé mon corps comme un voilier

Qui dompte le vent

Aussi impétueux, vaillant et libre

J’ai rêvé l’horizon à tous les coins de rues

Depuis, j’écris, je peins, dans les profondeurs du ciel

Un mât dessine sa route et le sel sur ma chair

Semble corroder le destin

Mais, tout aventurier sait

Qu’on avance qu’au bras de la mort, alors

J’ai rêvé mon corps comme un voilier

Qui dompte le vent

 

J’ai affûté le jour

J’ai affûté le jour

Chaussé un nouveau regard

Pour que le crépuscule

Ne m’happe les chevilles

 

Mais

 

S’avance, s’élance

Sur la pointe de la lame

Le glaive des heures vaines

D’avant la nuit, d’avant l’envol

Dont le reflet à mes mouvements

S’étire à mesure que je lutte

Et m’englue dans une image déformante

Hier n’est pas moins demain qu’aujourd’hui

Il fallait être folle pour magnifier ce jour

Sans d’abord l’avoir maudit

 

Un peu comme je t’aime mon amour

 

Poètes

Qu’attendons-nous

Encore des mots

Qui

En les disséquant

Nous dissèquent

On a les doigts pleins

De sang et de rêves

Je touche mon visage

Appose sur ton ventre

Une caresse, nulle trace

Le sang, les rêves restent

Collés aux doigts

Le poème est

L’incarnation du désir

Premier territoire de

Notre enfance où l’on

S’amuse à reconstituer

Le puzzle, une pièce

Éternellement manquante