« Comment pouvais-je le savoir si la vie ne me le disait pas? Comment pouvais-je savoir que le bonheur le plus grand était caché dans les années apparemment les plus sombres de mon existence? S’abandonner à la vie sans peur, toujours…Et maintenant encore, entre sifflements de trains et porte claquées, la vie m’appelle et je dois y aller. »

Goliarda Sapienza, L’art de la joie

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La laisse de mer

Je ne suis qu’un songe

Un long songe

Qui vous implore!

Laissez-moi

Prendre corps

 

On dirait que la mer respire

Qu’elle a,

Une bouche béante

Deux yeux hypnotiques

Sa poitrine avec la mienne

Se soulèvent, dans

Une danse, un fracas

On dirait que la mer

N’a laissé de moi

Sur cette plage

Que ma peau

La laisse de mer

 

Le vent

Saura bien démêler

Songe et réalité

 

Réalité?

Mensonge!

Car les songes

Qui palpitent

Sous ma chair

Ne sont-ils pas aussi consistants

Que mes mains?

 

On dirait que la mer respire

Empoigne-moi

Une dernière vague!

 

La laisse de mer aura bientôt

Diparu.

Chairs en ruines

Je m’accroche à tes mains

Tu t’accroches à mes lèvres

Je m’accroche à tes yeux

Tu t’accroches à mes reins

Nous ne sommes plus que

Des chairs en ruines

Les fidèles serviteurs de l’amour

Et l’on croît dans

La poésie des décombres

Grandeur

La beauté des vestiges

Et décadence

 

Le sommeil

Ce doit être quand on dort qu’on est le plus beau.

 

Je l’ai regardé sommeillant

Je l’ai connu enfin

Il ne m’a jamais autant parlé,

de lui.

Été

Aussi présent que dans cet abandon

N’obéissant qu’à cette force intérieure

Étrange, qui crée son propre ravissement

Dans le labeur du rêve.

 

Là,

Ta dépouille

Là,

Ton essence

J’attends,

Aussi songeuse que toi

Que tu reviennes

 

On ne se possède jamais assez.

 

Ghérasim Luca – Passionnément

« Pas pas paspaspas pas
pasppas ppas pas paspas
le pas pas le faux pas le pas
paspaspas le pas le mau
le mauve le mauvais pas
paspas pas le pas le papa
le mauvais papa le mauve le pas
paspas passe paspaspasse
passe passe il passe il pas pas
il passe le pas du pas du pape
du pape sur le pape du pas du passe
passepasse passi le sur le
le pas le passi passi passi pissez sur
le pape sur papa sur le sur la sur
la pipe du papa du pape pissez en masse … »

De vents en vents

De vents en vents

Je foule

Les bâtisses qui enserrent

La faim et me dictent le goût

J’ai

Un appétit féroce de soleil

D’orages diluviens

Et d’herbes fraiches

De l’orange et son jus

Qui colle aux doigts

De vents en vents

J’épouse

La forme

Des fleurs sauvages

Qui s’abreuvent

De pluie et de lumière

Poussent ici – là

Solitaires

J’ai

En bandoulière

Pour unique compagne

Ma gourde de désir

Désir de m’écrire

De la plume de mes pieds

Qui usent

Et font hurler

Le temps, foulé

À sa racine

Tarira bien l’été

On s’est taillé un ciel grandeur de nos prunelles. Sous la glycine qui roucoule, un peu d’ombre. On boit le silence à petites gorgées et même le vent n’ose nous effleurer. Sur une poignée d’herbe sont allongés nos songes, nus. Chaque parcelle de terre se dilate: les nymphes à mon entrejambe, tes mains qui caressent le temps, mon sein qui modèle tes lèvres, le feu de ton œil au mien. Et la rivière au loin qui ondoie, n’est plus qu’un chant qui coule dans nos veines.

Là, sous un tendre ciel, tarira bien l’été.

Aujourd’hui, je t’aime.

 

J’ai rêvé mon corps

J’ai rêvé mon corps comme un voilier

Qui dompte le vent

Aussi impétueux, vaillant et libre

J’ai rêvé l’horizon à tous les coins de rues

Depuis, j’écris, je peins, dans les profondeurs du ciel

Un mât dessine sa route et le sel sur ma chair

Semble corroder le destin

Mais, tout aventurier sait

Qu’on avance qu’au bras de la mort, alors

J’ai rêvé mon corps comme un voilier

Qui dompte le vent

 

En cet après-midi de juin

En cet après-midi de juin

La cerise noire répand son jus

Sur les langues, les dents, les lèvres

Gourmandes, le vent désiré empoigne

Les corps et de ses mains indiscrètes

Sculpte les cuisses, les seins, les ventres

Des femmes trahies par de amples

Habits, seules la brise et la sueur dégoulinants

Sur la chair nous habillent, et pour peu que l’amour

S’en mêle, on se laisserait renverser par le soleil

Le cou tendu comme un désert interdit

Les mains flâneuses