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Aux armes artistiques citoyens!

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Mon atelier de création se trouve dans un labyrinthe sous chair. Je marche, je cours, je tape contre ses murs, avec violence souvent sans jamais ne pouvoir en sortir. La chair a peur, tremble, pleure. Non, il n’y a pas de sortie. Mais des créations qui sont des échappatoires. La recherche d’une porte est féconde. Si les routes se ressemblent, chaque pas est nouveau et fera lien entre le visible et l’invisible. L’âme lutte et s’incarne dans une plume, un pinceau et dans cette guerre de soi à soi, donne du beau.

Le combat n’est pas vain.

Aux armes artistiques citoyens!

« Colline »

« Les bêtes, les plantes, la pierre!

« C’est fort, un arbre; ça a mis des cent ans à repousser le poids du ciel avec une branche toute tortue.

« C’est fort, une bête. Surtout les petites.

« Ça dort tout seul dans un creux d’herbe, tout seul dans le monde.

« Tout seul dans le creux d’herbe, et le monde est tout rond autour.

« C’est fort de cœur; ça ne crie pas quand tu les tues, ça te fixe dans les yeux, ça te traverse par les yeux avec l’aiguille des yeux.

« T’as pas assez regardé les bêtes qui mourraient.

« C’est fort une pierre, une de ces grandes pierres qui partagent le vent; droites depuis qui sait? Mille ans?

« Une de ces pierres qui sont dans le monde depuis toujours devant toi, Jaume, la pomme et l’olivette, et moi, les bois et les bêtes, et les pères de tout ça, de toi, de moi, et de la pomme, devant que le père de tout ça, Jaume, soit seulement dans les brailles de son père.

« Une de ces pierres qui ont vu le premier jour, et qui sont depuis qui sait combien, toujours les mêmes, sans changer. C’est ça qu’il faut savoir, pour connaitre le remède. »

 

Colline, Jean Giono

L’art de suggérer

Deviner

Sous la robe longue et ample

Les courbes fines et ondulantes

 

Soupçonner

Au creux du cou

Le secret d’un voyage

Aux notes gourmandes

 

Entrevoir

Les rêves que la main caresse

Moite, silencieuse et impatiente

 

Découvrir

Les mots qui font nœuds dans la gorge

et s’inscrivent sur le corps langoureux

Délivrés par la danse

 

Maintenant, chut, savoure…

 

L’art de suggérer

L’aura du désir

L’appel implicite.

 

 

Peindre est une danse

Peindre est une danse

 

Sous le trait brute et courbé,

N’y vois-tu pas un mouvement de hanche?

 

À travers le jaune ocre

Chaud et danse

Sens suinter la chair

Au suprême effort du poignet

Et dans le rouge entêtant

De l’horizon voilé

Hume un bois de santal

Brûlant

Touche de tes pupilles dilatées

Le souffle haletant

Du créateur et de sa créature

Unifiés

 

 

En bleu indigo

Pénétrant et insondable,

Le regard perçant

De la toile fiévreuse

 

Pris au piège

Laisse frémir ton corps

 

Tu es la danse incarnée.

Pittoresque

La porte était entrouverte, mon regard se hasarda. Un vieux monsieur me fit entrer. Du bois, ici et là qu’il travaillait sous toutes les formes. J’avançais pas à pas et derrière les morceaux suspendus fus surprise par une merveille: une cuisine pittoresque.

De ses murs émanait une telle chaleur, à rendre jaloux tous les grands intérieurs!

Cette saison est une liqueur exquise

Sous un soleil d’automne
Mes pensées chatoie
Les arbres dénudés
Le froid au bout des doigts
Dans la prunelle de mes yeux
Vois les reflets de l’astre en feu
Cette saison est une liqueur exquise
Dont langoureusement je m’alcoolise
Je bois les visages qui passent
Les mains baladeuses
La dorure des feuilles
Et la Seine qui se meut

Une ombre sur mon corps
Son souffle chaud
Je la sens me serrer fort
Courber mes os

Les étoiles sauront bien venir à temps éteindre les feux, balayer la mélancolie et nous offrir des bouquets de rêves taillés dans un croissant de lune

La Vie au premier cri
N’est déjà qu’ombre et lumière
Avec lesquels il nous faut chaque jour
Apprendre à jouer

Mon cœur balance entre hier et aujourd’hui
Ne me parlez pas de demain, sans substance, sans odeur

Cette saison est une liqueur exquise
Dont langoureusement je m’alcoolise
Sous un soleil d’automne
Je bois l’ombre chancelante

De mes amours en fleurs

 

Orgue-asme

Savez-vous que…

Un corps d’acier!

Un beau, majestueux, solennel

Corps d’acier

Habituellement il scelle l’amour et le tombeau

Cette fois il libéra mon plaisir lorsque

Explosant de colère

Surgit un véritable coup de tonnerre!

Je devins pétrifiée, corps tremblant, bouche entrouverte, regard ivre, respiration saccadée

Cette colère fut d’un touché Voluptueux

Vous devinerez…

Si l’art prend chair

 

L’art est sacré

Derrière les barbelés…

Je me souviens d’enfants tentant de l’interpeller en tapant sur la vitre, heureux de découvrir « la bête », ils cherchaient son regard, une reconnaissance. Je me rappelle son visage triste, impuissant et dont le seul pouvoir était de détourner les yeux, faisant entendre qu’il ne serait pas complice de ce spectacle. Et finalement, de rencontre il n’y eu pas. Il fut un temps où l’on mettait des Hommes en cage afin d’exhiber leur étrangeté, qui pouvait se traduire par une couleur de peau différente. À quand ce temps où les êtres vivants qui continuent d’être exposés dans des zoos ou des cirques, ne seront plus des choses captives du plaisir sadique des Hommes  -espèce parmi tant d’autres-  de nos sociétés?

scan-18x27-brillant-1ex_00004a-2.jpg!!!!

L’automne demande pardon

L’automne demande pardon

Se détachent feuille à feuille

En chauds regrets

Des larmes d’or et de vermeille

Je me prosterne au pied

D’un vieux saule

Tous deux pleurons

Il me murmure…

 

« Tristesse, le temps te butinera

Demain, sèches

Tes feuilles s’envoleront!

Jailliront des fleurs

Douce féconde »

 

Nos rêves sommeillent

L’Aube

Ravisseuse des êtres

S’est montrée

Nos rêves au creux des draps sommeillent

L’effluve du café embaume les murs

Sur nos oreiller, la trace

D’improbables voyages

Aux contrées closes

L’on voudrait que rien ne bouge

Et dans un palpable mutisme

 

Rien ne bouge

 

Chaque corps sur son îlot nocturne

S’est tu encore

Ton souffle sur ma chair

Sur mes cheveux, des caresses

Subsistent pourtant

 

Cette nuit, où étions-nous?

 

Dans la pesanteur du silence

J’interroge:

Quand eurent lieu le combat

Et la fatale résignation?

Les plis sur le lit

Ne me disent rien

Je leur en veux

Mais n’y touche pas

Car malgré tout

Nous y sommes

 

Unis.

Nuit blanche

Nuit blanche

M’offre l’agitation des branches

Quelques feuilles bougent

Sur ces heures orphelines

Les âmes égarées déambulent

Sans but

Mais faut savoir les regards

Ancrés dans un présent

Sans lendemain

Vous saluer

Se donner

Sans interêt

Jamais la vie ne me parait plus manifeste

Que dans ces moments

Où l’abandon de soi

Rassure

Et humanise

Entre cuir et velours

Entre cuir et velours

J’oscille

Mon amour

De morsures en doux baisers

Le rouge coule

Le rouge brûle

Le rouge lie

Vacillent

Nos corps endoloris

À dame lune

D’ordonner la parure

Une rose?

La tubéreuse?

Un peu sage

Un peu folle

Et tu tentes encore

De puiser dans mon regard

Quel vent

Agite mon sang

 

Entre cuir et velours

On chavire

 

Au nom

d’un

Amour

Secousses

Un café

L’odeur de l’automne se glisse par la fenêtre entrouverte

 

Et le corps trésaille

Qui m’habite?

Les secousses de la mémoire

D’où me reviennent seules, les sensations

Muettes

Et moi, confuse

Qui donc vient me visiter?

Montre-toi!

Portée par mille mains

Je devine l’ombre de moi-même

Me faire signe

Et s’évanouir en silence

Sans traces

 

Me revoilà, désert.

 

 

Michel Foucault, Le corps utopique

« Mon corps, topie impitoyable. Et si, par bonheur, je vivais avec lui dans une sorte de familiarité usée, comme avec une ombre, comme avec ces choses de tous les jours que finalement je ne vois plus et que la vie a passées à la grisaille; comme avec ces cheminées, ces toits qui moutonnent chaque soir devant ma fenêtre? Mais tous les matins, même présence, même blessure; sous mes yeux de dessinent l’inévitable image qu’impose le miroir […] ».

Ivresses musicales

« (…) Je me demandais si la musique n’était pas l’exemple unique de ce qu’aurait pu être- s’il n’y avait pas eu l’invention du langage, la formation des mots, l’analyse des idées- la communication des âmes. »

Marcel Proust, À la recherche du temps perdu, La Prisonnière

 

Pour moi, mélomane, le rapport à la musique est frontal, elle agit infiniment sur les émotions.

Gare à la puissante houle

Au corps qui m’échappe

À la conscience évanouie

Et ça pulse

Et ça danse!

Je suis ivre

Ivre

Ivre

Le bateau vogue vers l’horizon

La liberté a un goût de sel sur la peau

Peau qui vibre près d’un juke-box

La parole est charnelle

Quand je danse…

 

Entends

 

C’est horrifiant et magnifique

Le corps gronde, jouit, implore

Sourdement

Laisse le vent fouetter ta peau

Goutte au sel, vogue

Vogue

Danse!

 

Instinctivement

 

Marine Giangregorio